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LES EGARES

Une nouvelle fois, Téchiné filme à merveille l'été et ses chaleurs

Lors de la seconde guerre mondiale, en pleine débâcle, Clotilde (Emmanuelle Béart) et ses deux enfants, se retrouvent sur les routes, lorsque leur convoi est attaqué par un avion allemand. Fuyant à travers champs en compagnie d'un étrange jeune homme, ils se réfugient dans une maison abandonnée dont ils prennent possession. Avec les jours, les tensions naissent entre cette mère à l'avenir incertain et ce garçon au passé mystérieux. Ce dernier semble fasciner le fils de Clotilde, autant qu'à la fois il inquiète et " excite " celle-ci…

André Téchiné, pour son nouveau film, aborde l'exode sous la forme d'un quasi huis clos, qui pour résumer les choses ne se sert du cadre historique, que pour poser ses personnages. Dès l'installation faite dans la maison, la guerre, la débâcle et les risques deviennent presque secondaires, le réalisateur préférant se concentrer sur des personnages qui par la force des choses vont se révéler au grand jour.

La mère de famille tente tant bien que mal de conserver un équilibre dans sa fratrie, le fils se révèle de plus en plus mature et la petite fille bien en dehors des soucis de la guerre. Seul le mystérieux jeune homme dénote, dans ce noyau, et parvient presque à le faire exploser. La mère étant partagée entre son désir pour celui-ci et les risques qu'il peut faire endurer à ses enfants.

Dans un cadre des plus bucoliques, Téchiné brosse le portrait du mystère et de l'envie. C'est à un instant de pause au cœur de l'été, qu'il nous convie. La lumière et les couleurs calment les blessures de cette guerre, offrant à ces êtres un havre de paix en dehors de la vrai vie. Et c'est justement lorsque celle-ci ressurgit que le jeune garçon devient taciturne et presque effrayant dans son comportement, comme si la présence des hommes brisaient son équilibre. Dans ces lieux Yvan (Gaspar Ulliel) se construisait une famille, Clotilde étant tour à tour sa mère et sa maîtresse.

Bien sur le film, certains pourront reprocher au film de ne s'aventurer nulle part ailleurs et semble du coup un peu vide de contexte tellement le propos se ressert autour de ce drôle de couple. Si Emmanuelle Béart est rayonnante, c'est surtout le jeune Gaspard Ulliel qui impressionne, dans ce rôle au combien difficile d'un homme-enfant, effrayant, fragile et attachant à la fois.

Un film plaisant qui peut se targuer d'un formidable duo d'acteurs, mais qui ne se sert qu'accessoirement de son contexte, et de ses conséquences, uniquement pour nouer et dénouer des liens éphémères, comme la guerre.

Guillaume BannierEnvoyer un message au rédacteur

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