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DON JUAN

Un film de Serge Bozon

L’amour qui rend dingue

Laurent a beau être un grand séducteur, il ne cherche aujourd’hui à conquérir qu’une seule femme, celle qui l’a abandonné devant l’autel…

Don Juan (2022) film movie

Tahar Rahim devant un miroir. Ce qui devrait être une célébration de sa beauté est évidemment autre chez Serge Bozon, le comédien gesticulant en essayant différentes mélodies. Il semble hésiter sur le tempo à prendre, comme s’il allait décider du rythme des évènements du film. Mais une seule certitude, aux expressions de son visage, la suite ne sera pas joyeuse. Pour cette adaptation de l’illustre œuvre de Molière, co-écrite avec Axelle Ropert, le cinéaste français conserve sa poésie et son singulier onirisme tout en retirant l’ironie de ses précédents métrages, nous offrant une comédie dramatique plus directe, basée sur les sentiments, et donc peut-être plus accessible. Car le Don Juan de 2022 n’est plus un irréductible séducteur ; au contraire, il est un amant malheureux, incapable d’oublier celle qui l’a abandonné le jour de leur mariage, au point de la voir dans toutes les femmes qu’il croise, une jolie trouvaille de mise en scène.

S’installe alors un jeu de reflets entre le texte originel, clamé par le protagoniste, et une vision moderne, matérialisée par les émois et tourments des deux personnages. Délicat et mélancolique, le film flirte bien souvent avec le mauvais goût, mais réussit à toujours rester du bon côté, dégageant un charme rare et un regard malicieux sur l’évolution de notre société. De ce rapport de force inversé, Serge Bozon n’en tire pas un manifeste féministe, l’ambition étant ailleurs, le résultat bien plus subtil. Et c’est précisément ce qui fait l’attrait de cette tragédie douce-amère, sa manière de capter l’anodin, de retranscrire comment un simple regard va tout chambouler, instiller le doute et inviter le drame dans la romance. « Pourquoi la vie déraille sur un simple détail ? » chante d’ailleurs Virginie Efira. Cette question résume parfaitement l’atmosphère dans laquelle est plongée le spectateur, une parenthèse fantasmagorique musicale où il suffit de se laisser porter pour en ressentir l’émotion.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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