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DIVERSION

L’arnaqueur arnaqué

Il y a quelques années, Nicky et Jess s’étaient rencontrés lorsque la seconde avait tenté – en vain – d’arnaquer le premier, sans savoir qu’il était lui-même un arnaqueur professionnel. Aujourd’hui, ils se recroisent pour une nouvelle affaire risquée, mais la relation sentimentale qui les anime va très vite perturber leurs plans respectifs…

Il aura suffi que Will Smith se soit pris l’une des plus grosses gamelles au box-office américain avec un "After Earth" de triste mémoire, pour qu’il se laisse aller à une confession édifiante sur son statut de star, visiblement dévasté de ne pas avoir été pour une fois n°1 au box-office, et révélant avoir eu soi-disant « du mal à s’en remettre ». Mais comme il n’est jamais trop tard pour se replacer l’ego au niveau stationnaire, le voilà qui revient à un genre qui a fait ses preuves : le film d’arnaque. Sous la houlette de la paire de réalisateurs responsables du très réussi "I love you Phillip Morris", le Prince de Bel-Air enfile le costard d’un arnaqueur professionnel, confronté à une apprentie criminelle (Margot Robbie), quelques années après une première rencontre assez… mémorable. Comme cette dernière n’est pas très douée pour arnaquer son prochain, il va y avoir une formation à faire. Comme elle est sexy à se damner (ceux qui ont vu "Le Loup de Wall Street" savent de quoi je parle), il va y avoir de la romance dans l’air. Et comme c’est une histoire d’arnaque, il va y avoir anguille sous roche.

Le problème de "Diversion" est exactement le même que pour "Cash" d’Eric Besnard : ça mise sur un casting classe, mais ça rend juste l’acteur aussi incarné qu’un mannequin pour Vogue ; ça suinte le visuel qui claque, mais c’est juste aussi élégant qu’une pub pour apéritif ; ça voudrait se la jouer "Thomas Crown", mais c’est tout juste du niveau d’un épisode de série plus ou moins mollasson. Outre des seconds rôles sans relief (surtout le ridicule Rodrigo Santoro) et une longue litanie de dialogues tellement vides d’intérêt que les réalisateurs n’ont eu d’autre choix que de coller de la musique par-dessus en permanence (mais n’est pas Scorsese qui veut), "Diversion" bâcle son objectif central – manipuler son spectateur par un récit malin et riche en fausses pistes – au profit d’une romance grand public sans véritable affect.

Pour un récit exclusivement fondé sur le principe de la diversion et du brouillage visuel des apparences, on se surprend à ciller des paupières dès que chaque méthodologie d’arnaque se voit décrite ou même révélée sous la forme d’un twist, d’autant plus qu’on se doute à l’avance que chaque geste et chaque regard peuvent dissimuler une intention secrète. À croire que la seule diversion consistait ici à placer Will Smith dans un cadre frimeur et sécurisant (ici, l’acteur fait le strict minimum en termes de jeu), histoire d’appâter le chaland avec un postulat faussement alléchant. Désolé, mais si c’était le cas, cela fait bien longtemps qu’on ne se laisse plus prendre au piège.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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