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DIAZ - UN CRIME D'ÉTAT

Un film de Saya et Daniele Vicari

Coup de poing

Lors du sommet du G8, à Gênes, les altermondialistes avaient dû faire face à l'abondance de protestataires venus de tous horizons. Ils s'étaient organisés pour loger ceux qui en faisaient la demande, étant donné que les hôtels avaient reçu l'ordre de ne pas louer leurs chambres à qui que ce soit qui ne vienne pas de l'organisation officielle. Dans la nuit qui suivi la fin du G8, les policiers furent chargés de faire une descente dans le bâtiment DIAZ, devenu le centre de communication pour les journalistes non accrédités...

Que pouvait donner un film italien traitant du G8 et de la charge policière nocturne sur la DIAZ, bâtiment abritant un centre de médias alternatifs, organisé pour permettre la diffusion d'images autres que celles des médias nationaux ou officiels ? Rien de moins qu'un film percutant et forcément politique, drame d'une résistance des petits face aux grands qui s'organise progressivement au niveau mondial.

Construit en une série de boucles, revenant sur ce qui constituera l'excuse pour commettre l’innommable - une bouteille jetée « contre » une voiture de police -, "Diaz - Un crime d'État" est donc un film coup de poing, militant à la fois pour le droit d'expression et pour un monde plus juste, où les puissants ne seraient pas protégés par une police aveugle et surtout revancharde.

Car le scénario n'y va pas avec le dos de la cuillère. Mettant en place efficacement ses divers personnages - un vieux syndicaliste sans hébergement, des militants, des casseurs, un journaliste venu sur un coup de tête, des policiers plus ou moins zélés, et une bande de gamins -, il les positionnera progressivement sur les lieux du drame : dans le bâtiment, coincés à l'extérieur, ou dans un magasin où le propriétaire a accepté d'en enfermer quelques-uns, après maintes hésitations.

Car "Diaz" tente de montrer tous les points de vue, tout en défendant une certaine idée de la liberté d'expression et de mouvement. Il dénonce la manipulation médiatique, le contrôle policier défiant une justice pourtant indépendante, et s'en prend à la lâcheté du citoyen italien de base, à celui qui regarde faire, sans rien dire, pétrifié par sa propre peur. La construction en aller-retour permet de conter l'histoire sous de multiples angles, avançant un peu plus dans l'intrigue à chaque boucle. Elle permet aussi de démultiplier la claque que renvoie toute cette violence gratuite envers des gens qui voudraient changer un système qui asservi les plus pauvres et renie l'humain.

La présence au générique d'Elio Germano, jeune acteur récompensé à Cannes pour son rôle dans "La Nostra vita", avait attiré notre attention avant même la projection du film. Le résultat est percutant, propulsant le spectateur au cœur d'un massacre sans fin, défoulement de violence amené à se répéter, si on laisse faire. Un film étendard, qui prend son temps pour revenir sur les destins tragiques de multiples protagonistes et nous emmener chaque fois un peu plus loin dans cette nuit cauchemardesque. À voir absolument, avant de filer fissa s'engager dans une association altermondialiste. Ou simplement d'agir à son niveau, en contrecarrant toutes les politiques de fichages, tous les marketings faciles, en refusant la consommation à outrance et globalisée, et en remettant le plus possible l'humain, l'autre, au cœur de son quotidien.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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