DÉSORDRES

Un film de Cyril Schäublin

L’homme face à la machine capitaliste

En 1877, Pyotr Kropotkine, géographe russe, se rend dans une vallée suisse pour cartographier les détails et lieux dits de celle-ci. Mais dans l’usine où sont fabriqués des montres à la chaîne, il observe l’affirmation des mouvements anarchistes parmi les ouvrières et ouvrières, et leurs liens à l’international…

Désordres film movie

Prix de la mise en scène dans la section Encounters du Festival de Berlin 2022, "Désordres" impressionne avant tout en effet pour l’étrangeté de certains de ses plans. Qu’il s’agisse d’une foule passant devant des bâtiments, dont on ne voit que le haut des corps, tronqués, de personnes qui se cherchent ou se suivent au sein d’une forêt dont le feuillage occupe tout l’écran , d’un couple auprès d’un immense arbre, ou de personnes reléguées dans un coin du cadre au profit d’un bâtiment imposant, tout concoure ici à montrer l’écrasement de l’individu. Un parti pris qui se met ainsi au diapason d’une histoire, scrutant les influences et mouvements anarchiques dans les corps ouvriers, à la fin du XIXe siècle.

Car de lutte des classes il sera ici question, le récit opposant des élans d’auto gestion, de grèves par procuration, de prise de conscience de l’exploitation, à des cadences surveillées, des assurances santé inégales (elles sont réservées aux hommes, voire aux femmes mariées), des jours de prison pour ne pas avoir payé des taxes,… Autant d’injustices qui semblent mener progressivement à ébullition cette fourmilière bien réglée, qui a « 8 mn d’avance » sur la ville, et s’avère finalement connectée au monde, par non seulement les marchands, mais aussi les mouvements ouvriers à échelle internationale. En sourdine, "Désordres" fait donc exister la lutte des classes, qui persiste sans relâche (d’où le titre original "Unrueh") comme le temps et ses montres, convoquant affrontements physiques comme symboliques (l’opposition du chant patriote et de la chorale en français ventant la République du Genre Humain). Une œuvre étrange mais par moments captivante.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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