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LES DERNIERS JOURS

Une brillante parabole sur l'état de l'Espagne

En 2013, une mystérieuse épidémie sévit depuis plusieurs mois dans la population, obligeant les gens à rester à l'intérieur des immeubles, toute sortie à l'extérieur signifiant une mort subite. Dans un Barcelone en proie au chaos, Marc, coincé sur son lieu de travail, a pourtant décidé de retrouver sa petite amie Julia...

L'Espagne continue à nous livrer des films de science-fiction ou d'anticipation qui expriment en même temps les difficultés du pays face aux mutations actuelles. À partir d'une alternance des temps, entre moment présent où deux hommes cherchent à quitter l'immeuble dans lequel ils sont confinés, et quelques trois mois auparavant, lorsque les premiers symptômes du mystérieux mal se sont fait sentir, "Les Derniers jours" construit son récit en aller-retour, permettant ainsi d'esquisser le portrait intime d'un couple en crise, dont l'homme se demande s'il est bon d'avoir un enfant dans le monde actuel. À cette question forcément d'actualité dans un pays mis à genoux par la dette et les exigences de coupes budgétaires formulées par Bruxelles, le film répond en laissant entrevoir la possibilité d'un autre chemin, tant appelé de ses vœux par la population.

Mais "Les Derniers jours" ne s'arrête pas là. Il offre une parabole sur l'état de la nation, son scénario exploitant l'ambiance nauséabonde dans le milieu du travail, et nous incline à la solidarité en des temps difficiles. Dans le passé, les tensions entre le héros et un homme débarqué dans son entreprise pour redresser les comptes et donc liquider une partie du personnel, sont mises en évidence. Et le fait de les contraindre, dans le temps présent, à coopérer, passe forcément par un chantage (ici autour du vol d'un navigateur GPS qui leur permettrait de s'orienter sous terre, personne ne pouvant sortir de l'immeuble à l'air libre).

Grâce à un habile scénario, qui nous entraîne dans les sous-sols de Barcelone, Alex Pastor et David Pastor expliquent, par flash-back successifs, l'évolution de la population, des premiers cas d'agoraphobie (un voisin qui ne veut plus sortir, un collègue qui campe sous son bureau depuis des jours à l'insu de la direction...) jusqu'à la dramatique situation actuelle. Visuellement, le spectacle est saisissant, des endroits communs devenant soudainement inquiétants, à l'image du métro, envahi par les squatteurs et contrôlé par les bandes. Plongé dans ce monde familier et pourtant post-apocalyptique, le spectateur assiste à quelques scènes impressionnantes de tension, dont celle des barricades de caddies dans le supermarché, ou l'assaut dans l'ancien appartement.

Cette quête faite d'émouvantes tentatives pour retrouver des proches dont on ignore le devenir finit par bouleverser, notamment grâce à un casting qui s'empare de nos peurs les plus intimes. Quim Gutiérrez ("Inside" et "Azul") déploie toute sa dynamique et son charme d'homme désespéré, Marta Etura ("Eva", "Malveillance") est sa belle, fuyante et droite, quand à José Coronado ("No habrá paz para los malvados") il impressionne une nouvelle fois par sa bestialité et son énergie d'animal blessé. Leurs mouvements et élans, dans un Barcelone vide, dont on appréciera avec stupéfaction la possible évolution dans le temps, finiront de surprendre les plus réticents. Quant à ceux qui connaissent déjà les lieux traversés, cela ne fera qu'amplifier leur sensation d'observer la perdition d'une humanité mal en point.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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