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DELWENDE

Une lutte contre le poids des croyances et coutumes au Burkina Faso

Depuis quelques jours dans un village du Burkina Faso, on enterre chaque jour un nouvel enfant. Inquiets, les décideurs du village se réunissent et concluent à ce qu’ils considèrent être une évidence : ceci est l’œuvre d’une sorcière. Ils font alors appel à un ancien pour démasquer la mangeuse d’âmes et la chasser du village. C’est la mère de Pougbila, une jeune fille mariée contre sa volonté quelques jours plus tôt, qui sera désignée et violemment rejetée par les siens…

Simon Pierre Yaméogo est à la fois réalisateur, producteur et scénariste de Delwendé. Il a déjà réalisé de nombreux documentaires et six long-métrages et s’est ainsi créé un nom dans le domaine du cinéma africain. Il cherche à travers son travail à avoir une incidence sur l’avenir de son pays. Yaméogo est un homme actif et engagé.

Dans Delwendé, il pointe du doigt le poids qu’ont aujourd’hui encore les coutumes et croyances dans son pays (qui n’est qu’un exemple parmi d’autres…), et les dégâts qu’elles peuvent engendrer. Une fois accusée, Napoko est répudiée et sa vie mise en danger. Elle est condamnée à errer entre les villages parce que personne ne veut d’elle. Personne n’essaie de lui parler ou de comprendre ce qui lui est arrivé. Les dieux ont parlé et leur parole ne peut pas être remise en cause.

Napoko finit donc dans l’un des seuls endroits qui acceptent encore les femmes rejetées, les mangeuses d’âmes, à savoir un foyer citadin aux conditions de vie plus que précaires. C’est là qu’elle retrouve sa fille qui n’a jamais prêté attention aux traditions et qui s’est battue pour rétablir la vérité.

Avec Delwendé, Yaméogo dénonce les aberrations perpétrées par ces ethnies prises à la gorge, acculées à fermer les yeux sur leurs propres incohérences. Au-delà du jeu des acteurs et de la mise en scène, on aperçoit les plaies qui rongent le pays : l’illettrisme, la famine, la dette financière, et le poids des croyances. Un film plutôt réaliste donc, et intéressant pour appréhender le Burkina Faso sous un nouvel angle.

Alix-Anne FarquesEnvoyer un message au rédacteur

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