avec ou sans moustache

DANS L'OMBRE DE MARY

Joli portrait d'un isolement

Walt Disney avait promis à ses filles qu'il adapterait le roman Mary Poppins au cinéma. Après avoir insisté pendant vingt ans, en 1961 l'auteure Pamela Lyndon Travers, en proie à des problèmes d'argent, accepta de venir passer quelques jours dans ses studios, pour travailler sur le scénario. Ceci sans pour autant s'engager à céder les droits...

À la vision de "Dans l'ombre de Mary", on se dit qu'Emma Thompson a enfin retrouvé un rôle à sa hauteur. En interprétant P.L. Travers, la romancière culte, auteure de Mary Poppins, elle a amplement mérité sa nomination à l’Oscar de la meilleure actrice (statuette finalement remportée par la favorite, Cate Blanchett). Livrant un portrait émouvant d’une femme solitaire et farouchement autoritaire, elle relève le défit d'un film jouant en permanence sur un fragile équilibre entre drame et comédie.

Par son récit mettant en parallèle l'enfance australienne de cette femme, auprès d’un père en proie à des difficultés au travail et un alcoolisme récurrent, et la préparation de l’adaptation cinématographique de Mary Poppins, le scénario nous livre peu à peu les raisons de son attachement au personnage du père dans son roman. Comme elle le dit si bien dans le film, ce ne sont pas les enfants que la nourrice est venue sauver, sous-entendant qu'il s'agit de leur père, lui aussi en proie à de sombres difficultés financières. On s'étonne alors du choix du titre français, si éloigné de l'original, qui était en l'essence porteur du même message : "Saving Mr. Banks").

Réflexion sur la création, le film s'attache certes au caractère introspectif de l'écriture et à sa puissance salvatrice (si l'on ne peut accomplir un acte ou changer son destin dans la vraie vie, au moins pourra-t-on le faire au travers des personnages d'un livre). Relatant le passage d'une œuvre personnelle à un long-métrage, "Dans l'ombre de Mary" donne à voie quelques scènes presque surréalistes de contrôle du script, l'auteure livrant une relecture presque scolaire qui sied bien à la rigidité apparente du personnage. En ressort son incapacité à faire confiance, bien au delà de sa méfiance initiale envers les projets de Walt Disney, que ce soient les films d’animation, qu’elle déteste, ou les films musicaux. Créant de cette manière le décalage et l’humour, qui allègent un récit dans le fond profondément triste, le film trouve ainsi son équilibre.

Il montre aussi la collision entre l’univers rangé de la romancière britannique et la fantaisie des productions Disney, genèse des chansons à l’appui. Cependant on déplorera un certain manque de magie dans les scènes de création, le film étant surtout centré sur les états d’âmes d'une femme, qui réussit non sans mal à s’ouvrir un peu. Emma Thompson frôle la perfection dans sa personnification d'une femme vivant avec ses fantômes, tandis que Tom Hanks, en Walt Disney, fait sien l’aura de l’homme, créatif, mais reste un peu léger sur ses une tentative de parallèle avec ses relations avec son propre père. En résulte tout de même un joli film sur le pardon, la culpabilité, le désir de protection des êtres chers, et l’incapacité parfois à contrôler les choses...

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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