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DANS LA TÊTE DE CHARLES SWAN III

Un film de Roman Coppola

Une fantaisie bordélique et soporifique

Charles Swan III, autrefois brillant graphiste, n'est aujourd'hui plus que l'ombre de lui-même. Celle qu'il considère comme l'amour de sa vie vient de le quitter et, à la suite d'un accident de voiture, son imaginaire s'évade autour de ses plus égoïstes tourments…

Co-réalisateur de la publicité Prada "Candy l'eau" avec son compère Wes Anderson, Roman Coppola n'avait pas sorti de long-métrage depuis son "CQ" présenté hors compétition à Cannes en 2001. C'est avec un univers très inspiré de celui de son camarade Anderson et de quelques autres comme Terry Gilliam, qu’il se lance dans le portrait émotionnel de ce publiciste narcissique au bord du gouffre depuis que la jeunette sur laquelle il avait mis le grappin s’est décidée à le quitter pour une sombre histoire de photos d'ex dénudées.

Le fils Coppola va donc prendre un malin plaisir à mettre en scène tous les délires sexy qui passent par l'esprit de Charles Swan III. Une brigade anti-coureurs de jupon menées par les ex de ce séducteur incarné par Charlie Sheen, un guet-apens organisé par des Indiennes fortement dénudées, la mise en scène d'un enterrement entouré d'une armée de veuves venues pleurer leur ex-compagnon, tout est fantaisie mêlant à chaque fois les codes cinématographiques dans une ambiance colorée et décalée rappelant la patte de Wes Anderson ou de certains films de Terry Gilliam. Malgré tout, même en s'efforçant à faire son film à la manière de, Roman Coppola ne parviendra jamais à insuffler une âme à ce long-métrage, tant l'on ressent la volonté de faire de ce film un objet artificiellement culte.

Les pérégrinations psychédéliques et pop-art de Mr Swan troisième du nom, qu'elles soient réelles ou imaginaires, s'enchaînent de manière décousue et le spectateur aura vite fait de passivement les suivre tant ce chagrin d'amour lui paraîtra étranger et futile. Et ce ne sont malheureusement pas l'intéressante reconstitution d'un Los Angeles intemporel mais fortement teinté par les années soixante-dix ou la belle brochette d'acteurs cultes que le réalisateur a réuni, qui réussiront à distraire l'audience durant cette heure et demie. Vous avez vu Bill Murray apparaître cinq secondes dans la bande-annonce ? C'est à peu près son temps de jeu dans le film. La partition de Patricia Arquette est également réduite à son plus stricte minimum et peine à donner de l'épaisseur à la sœur de Charles Swan III. Enfin, Jason Schwartzman, grand habitué des films de Wes Anderson, campe ici une caricature de chanteur de folk qui ne sert qu'à tenter de ramener à la raison son ami Charles, interprété par un Charlie Sheen aussi opaque que les lunettes de soleil qu'il porte durant la totalité du film.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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