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CONTES ITALIENS

« Je t’aime » à l’italienne

Florence, XIVe siècle. Alors que la peste fait rage en Italie, dix jeunes gens fuient leur ville et trouvent refuge dans une villa en pleine campagne toscane. C’est entre ces murs que, afin de s’épanouir et de retrouver la joie de vivre, certains se lancent alors dans le récit d’histoires d’amour tour à tour tragiques et comiques, en tout cas parcourues par un romantisme déchirant…

D’emblée, il vaut mieux ne pas s’attendre à une version du Décaméron proche de celle réalisée par Pier Paolo Pasolini en 1971. Celle des frères Taviani, beaucoup plus sage et moins explicite dans son traitement de la sexualité, ne se sert de l’œuvre de Boccace que comme d’une base d’inspiration, tout en confirmant par la même occasion le retour en force des deux frères, longtemps considérés comme éteints avant qu’ils ne laissent soudain leur créativité faire un bond en avant avec "César doit mourir" il y a deux ans (l’Ours d’or à Berlin était amplement mérité). On ne cachera pas que "Contes italiens" laisse totalement de côté la force politique de leurs meilleurs travaux, mais cela dit, le résultat n’en reste pas moins parcouru par une vraie tonalité romantique et esthétique, laquelle procure un bien fou dans chaque séquence.

Grosso modo, le pitch est simple : cinq récits racontés par un groupe d’amis, isolés ensemble dans un petit coin de paradis champêtre tandis que la peste fait rage dans la Toscane du XIVe siècle. Les cinq récits choisis se révèlent, hélas, assez inégaux. On considèrera d’abord que ceux orientés sur le ton de la comédie bouffonne tombent un peu à plat, aussi bien parce que les frères Taviani n’en ont jamais fait leur spécialité que parce que les acteurs n’y sont pas toujours à leur aise (en particulier l’impayable Kim Rossi Stuart, mauvais comme un cochon dans son rôle de benêt ostracisé). C’est clairement le drame et les tragédies amoureuses qui leur permettent d’atteindre de vraies fulgurances. D’abord parce que leur travail de mise en scène et d’esthétique est ici d’une pureté à toute épreuve, privilégiant les plans fixes picturaux et la subtilité des jeux de lumière pour mettre en valeur la naissance du sentiment amoureux, sa fragilité face aux épreuves qu’il doit affronter, et sa dignité lorsqu’il est assumé et sublimé par ceux qui tentent de le rejeter ou d’y résister. Tout cela n’est pas sans rappeler le romantisme doux et lumineux des plus beaux films d’Eric Rohmer, avec une beauté plastique quasi identique.

De façon plus générale, la noirceur de l’arrière-plan historique, expédiée dans un premier quart d’heure assez bancal, s’efface vite au profit de la lumière. Ce que visent les Taviani à travers cette pastorale de sketchs n’est ni plus ni moins qu’un éloge bucolique de l’amour et de la liberté, envers et contre tous. Les jeunes acteurs du film, tous d’une beauté affolante, incarnent donc un idéal, une utopie de vie et de partage, que l’on s’attriste de ne plus pouvoir côtoyer lorsque tombe le générique de fin. Et puis, c’est quand même si beau, la Toscane…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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