Festival de Venise 2019 banniere

CIGARETTES ET CHOCOLAT CHAUD

Parent, pas de mode d’emploi !

Depuis la mort de sa compagne, Denis Patar élève seul ses deux filles Janine et Mercredi, respectivement âgée de 13 et 9 ans. Pour faire face, il cumule deux jobs (dont un de nuit dans un sex-shop) et développe un certain sens de la débrouille (quitte à être hors la loi de temps en temps). Souvent dépassé, oubliant notamment d’aller récupérer sa cadette à l’école, il finit par être contacté par les services sociaux qui le contraignent à suivre un « stage de parentalité »...

Pour son premier long métrage comme réalisatrice, Sophie Reine semble s’inscrire dans les pas de Rémi Bezançon, dont elle a régulièrement monté les films. On y retrouve, en effet, ce mélange d’humour, de tendresse et de mélancolie qui caractérise « Ma vie en l’air » ou « Le Premier Jour du reste de ta vie » (ce dernier ayant valu à Sophie Reine un César du meilleur montage en 2009). Le côté bricolo des personnages et l’insertion de séquences animées donnent aussi à ce film un côté Michel Gondry, un peu comme si ce dernier avait réalisé sa « Science des rêves » dans le style plus sobre de son « Microbe et Gasoil ». Il semble aussi lorgner du côté américain, avec un petit quelque chose de « Little Miss Sunshine ». Deux aspects (au moins) réunissent ces différentes œuvres : d’une part la profonde humanité qui en découle, d’autre part ce lien ténu et complexe entre enfance et âge adulte (pour le pire et pour le meilleur).

« Cigarettes et chocolat chaud » est parfois maladroit (comme dans son utilisation légèrement abusive du syndrome de Gilles de la Tourette) et on a ponctuellement peur de dériver vers le téléfilm qui dégouline de bons sentiments. Mais on pardonne aisément ces défauts qui ne font pas le poids face aux nombreuses qualités du film, que ce soit dans les magnifiques idées de séquences ou de mise en scène (soulignons à nouveau les passages animés, par exemple), dans le jeu souvent juste et touchant des quatre interprètes principaux (mention spéciale à la néophyte Héloïse Dugas) ou encore dans le choix d’une fin qui refuse la facilité.

Rythmé par une excellente bande-son (David Bowie surtout mais aussi une chanson de Rufus Wainwright qui a inspiré le titre du film), « Cigarettes et chocolat chaud » semble parfois hors du temps et pose des questions universelles sur l’amour et la manière d’élever ses enfants. L’autre réussite majeure du film est de ne pas donner de leçon. Même s’il choisit un tout autre angle d’approche, il peut être mis en parallèle avec le récent « Captain Fantastic » car les deux montrent un certain penchant pour les mœurs alternatives sans pour autant les mettre sur un piédestal absolu (dans les deux cas avec un personnage de père veuf). C’est en cela que le film de Sophie Reine est d’une grande honnêteté : dans cette conscience qu’il n’y a pas de solution parfaite et qu’il faut toujours apprendre des autres en toute modestie.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire