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LE CIEL ATTENDRA

Puissant et passionnant, un film indispensable

Alors que Sonia désire toujours se rendre en Syrie pour faire le djihad, Mélanie semble bien loin de tout ça. Jusqu’au jour où un beau « prince » va la contacter sur Facebook…

Le soleil n’est pas encore levé. Catherine et Samir sont brutalement réveillés. Le RAID vient de défoncer leur porte d’entrée avant de foncer dans la chambre de leur fille. Sonia, 17 ans, est accusée d’avoir été en contact avec des individus préparant un attentat terroriste. Les parents sont attristés, apeurés, mais pas surpris, l’adolescente ayant déjà essayé de filer en Syrie quelques mois auparavant pour faire le djihad. Dès les premières minutes, pas de doute, Marie-Castille Mention-Schaar va s’attaquer frontalement au sujet épineux de la radicalisation. Sauf que la réalisatrice ne manque pas d’ambition en suivant en parallèle une jeune fille sur la voie de la rédemption et une autre succombant progressivement aux sirènes du fanatisme.

Film essentiel et nécessaire, "Le ciel attendra" traite avec rage mais délicatesse de l’embrigadement. Ultra-documenté, le métrage décortique méticuleusement les différentes ficelles utilisées par les recruteurs pour bourrer le crâne à de jeunes filles rêvant d’un autre monde. Des messages attentionnés sur Facebook, des vidéos complotistes, une accélération des conversations, la promesse d’un amour sincère, l’obligation de s’éloigner des « mécréants » de son entourage. Voilà comment on isole et enrôle une « cible » pour lui voler son âme et l’empêcher de penser par elle-même. Outre son ancrage dans une réalité terrifiante, ce qui fait la force de ce drame pudique est son universalité, le choix de la cinéaste de ne pas enfermer les protagonistes dans un milieu social précis, rappelant que cette situation touche toutes les strates de la population.

Si le message est profondément grave, le travail sur la photographie permet à cette œuvre d’être lumineuse, de dégager une énergie solaire malgré l’ambiance pesante. Ne cherchant ni à condamner ni à excuser, le film est tout autant passionnant lorsqu’il plonge dans les trajectoires opposées des deux adolescentes (Noémie Merlant et Naomi Amarger, toutes les deux déjà dans "Les Héritiers", impressionnantes de justesse) que lorsqu’il suit les parents désemparés. Offrant également une tribune à Dounia Bouzar (dans son propre rôle), la fondatrice du Centre de Prévention contre les Dérives Sectaires liées à l'Islam (CPDSI), "Le ciel attendra" est un pamphlet humaniste, didactique sans être démonstratif. On ressortira de la salle la boule au ventre, abasourdi, mais riche d’avoir assisté à une projection qui démontre une nouvelle fois toute la force du média « cinéma ».

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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