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CHOKE

Un film de Clark Gregg

« Choke », film faussement choc ?

Afin de payer la clinique privée où sa mère est hospitalisée, Victor a une combine : il fait semblant de s’étouffer dans des restaurants et s’arrange pour que de bons Samaritains viennent à son secours, qui dès lors lui enverront régulièrement des chèques. Quand il ne s’étouffe pas en public, Victor endosse le costume d’un domestique irlandais du XVIIIe siècle dans un parc d’attractions historiques. Et entre deux, il participe à des thérapies de groupe pour obsédés sexuels...

Il semblait impossible d’adapter un roman de Palahniuk autrement qu’avec le style fincherien de « Fight Club ». Clark Gregg, en un minimum de temps et avec un minimum de moyens, tente malgré tout l’aventure. « Choke », le film, est une version quelque peu édulcorée de « Choke », le livre, mais cela seulement parce que ce dernier, comme souvent chez Palahniuk, s’avère très éparpillé et particulièrement dense, et non parce que le film chercherait de quelque façon à se limiter dans sa démonstration. « Choke » semble n’avoir aucune barrière, sinon celle de délaisser volontairement les aspects les plus sombres et violents du roman pour se concentrer sur la dérision de ses personnages, tous candidats potentiels pour l’asile.

Sauf que. Sauf qu’il ne suffit pas de se vouloir subversif pour créer la transgression. Sauf qu’il ne suffit pas de montrer quelques bouts de fesse, d’évoquer la sexualité sans tabous, et de suivre des loosers obsessionnels pour créer du subversif. Sauf qu’on ne peut se contenter d’adapter Palahniuk tel quel en espérant combler une frange de ses exégètes littéraires, sans prendre aucunement en considération l’aspect narratif.

En somme : ce qui fonctionne à l’écrit ne trouve pas immédiatement de correspondance à l’image, et il eut fallu privilégier les nombreuses thématiques passionnantes qui percent çà et là (la question de l’éducation des enfants, la préservation des reliques du passé, les masques sociaux que nous portons tous, etc.) plutôt que d’en faire éclater les limites à travers une certaine vulgarité qui se voudrait post-moderne – comme si l’obscène devenait le seul medium de l’obsessionnel au cinéma. Dommage, d’autant que Sam Rockwell et Anjelica Huston, acteur et actrice de génie, dont le talent transperce malgré tout la toile évasive du film, méritaient mieux.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

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