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CHIEN ET CHAT

Un film de Reem Kherici

Pour l’indestructible Philippe Lacheau

A Montréal, un voleur tentant de dérober un énorme rubis (la « pomme d’amour ») se fait repérer dans une ruelle à cause d’un chien errant et sans nom, qui finit par avaler ce dernier. Lui mettant une couche, il embarque celui-ci pour l’aéroport. Là, Diva, célèbre chatte star des réseaux sociaux, se retrouve néanmoins dans une cage en soute le temps du vol, malgré les inquiétudes de sa maîtresse. Mais lors du décollage, les deux cages tombent sur le tarmac et s’envolent. Le voleur, qu’y s’est fait passer pour aveugle afin d’échapper à un policier persévérant, n’a alors d’autre choix que de faire équipe avec la femme pour un voyage en camionnette, à la recherche de leurs animaux perdus dans les étendues enneigées…

Les choses commencent toujours mal lorsque lors de la présentation du film, l’argument principal est mis sur le budget des effets spéciaux (ici l’incrustation en images de synthèses d’animaux dans des scènes réelles…), représentant la moitié d’un budget de 20 millions d’euros, colossal pour un film français. Ceci d’autant plus lorsque le résultat, après 7 ans de travail et un tournage début 2022, s’il est parfaitement honnête pour ce qui est du réalisme des mouvements de ces derniers, ou du détail des poils de la chatte, Diva, ou des reflets soyeux du chien, Chichi, s’avère franchement décevant au niveau des regards, principalement celui de Chichi, vitreux et ressemblant juste à des billes de verre tout ce qu’il y a de plus artificiel.

Plutôt artificiel c’est bien le terme qui qualifie finalement ce film pour enfants (même les ados devraient en voir les grosses ficelles), qui après un démarrage en trombe, vire rapidement au road-movie plutôt classique, entraînant deux paires de personnages pas fait pour s’entendre. Car tout finalement ici ne sera prétexte, qu’à amener quelques scènes loufoques de poursuite, avec un flic proche de "Terminator", dans sa froideur déterminée comme dans son caractère indestructible. Et la véritable bonne idée du film est d’avoir confié ce rôle à Philippe Lacheau, qui semble ici s’en donner à cœur joie, notamment dans deux ou trois scènes inoubliables, qu’il utilise un déambulateur ou tondeuse à cheveux comme armes dans une salle de bain de petits vieux effrayés, qu’il se fasse rouler dessus ou matraquer les roubignoles par des piquets en bord de route, ou qu’un panneau de signalisation lui serve de surf de neiges.

Sorti de ces quelques moments bien barrés, le reste du scénario se déroule plan plan, s’adressant surtout aux plus petits, les derniers affrontements entre Dubosc et Lacheau finissant même par perdre en surprise et par lasser. Qu’il s’agisse de l’humour pipi caca (voir le motif qui permet de donner un prénom, Chichi, au chien des rues…), les discours pseudo-progressistes (« je suis pas grosse, je suis pulpeuse »...) ou des digressions autour de l’abandon, tout cela reste bien schématique. Restent cependant quelques bonnes idées, comme la scène de poursuite sur le lac gelé (visuellement très réussie), ou sur la vie pas si dorée de la maîtresse de Diva, qui s’est clairement fourvoyée sur les capacités de revenus liés à cette dernière. Tout ce voyage paraît cependant bien lisse, malgré la qualité de doublage des animaux et le rythme soutenu de ces aventures enneigées, et s’enlise à la fin dans des considérations soudainement bien peu féministes du genre « tu as fait de moi un vrai chat », alors qu’on nous affiche un personnage de Diva jusque là fort et indépendant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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