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CHANSON DOUCE

Un film de Lucie Borleteau

Louise, une nounou qui vous veut du bien

Avec deux enfants à la maison, une petite de 5 ans et un bébé de 18 mois, Myriam n’en peut plus. Elle a besoin de sortir, de parler d’autre chose que de couches. Avec Paul, elle décide de faire appel à une nounou. Ils tombent sur Louise, la quarantaine, au CV impressionnant. Peu à peu, Louise va se rendre indispensable et prendre une place de plus en plus grande dans leur vie…

Chanson douce film image

Karin Viard est brillante dans le rôle de Louise. Elle incarne à la perfection cette nounou à la passion dévorante pour les enfants, sur lesquels son pouvoir est total. Jamais vraiment mauvaise, jamais, dans la faute, elle évolue dans une vallée trouble, malsaine. Mais le cryptique du personnage est à double tranchant. En cachant les motifs des actions du personnage, pour augmenter la tension et le malaise, la réalisatrice prend le risque de rendre ses actes gratuits, insensés, incohérents, au point que seule la performance de l'actrice tient le personnage.

Si Karin Viard est royale et au centre de l'écran, elle n'est pas vraiment aidée par ses partenaires de jeu. Antoine Reinarz assure le service minimum. On peut croire en son profil d'ingénieur du son branché, avide de fêtes et amoureux de la mère de ses enfants, mais son attachement à eux semble forcé. Il n'y a aucune complicité dans les scènes qu'il partage avec sa fille, et ses colères, ses doutes envers la nounou, semblent gratuits.

Leïla Bekhti livre une performance plus louable. Myriam est une bonne mère, mais aussi une amante et une femme qui travaille. Elle veut mener ces trois vies de front, honnêtement, sans se sentir aucunement coupable. Mais la relation entre les deux femmes restent extrêmement succincte et peu construite. Le fait que Louise prenne sa place auprès de ses enfants est a peine esquissé. Leur rivalité n'existe pas vraiment.

Ainsi, ce film qui se présente comme une sorte de « home invasion » sur le papier, par le manque de structure familiale et d'attention portée au personnage secondaire, perd de sa puissance. Le personnage de Louise ne peut plus détruire le microcosme familial, car celui-ci n'existe pas.

La mise en scène du film est assez sobre, assez peu originale mais efficace. En choisissant les gros plans et une caméra très mobile, la réalisatrice travaille la tension à l'intérieur de l'espace réduit de l'appartement. Elle se met également souvent à hauteur d'enfant. Elle se pose comme observatrice d'une réalité progressivement contaminée par un organisme malade. Sans grande richesse, ces processus ont le mérite de rendre cet appartement parisien à la fois lumineux et agréable, oppressant et inhospitalier.

L'ultime problème du film vient de sa fin. Lucie Borleteau choisit de la laisser ouverte. Mais ce n'est pas un libre choix laissé au spectateur, c'est une feinte, un nœud qu'on ne peut trancher sans révéler l'inconsistance qu'il traduirait. C'est une fin mise sous le tapis, dans laquelle la tension tente de gommer les défauts de la narration.

Au final, "Chanson douce" est un film à voir pour se faire son propre avis, pour voir le potentiel terrifiant de Karin Viard. Mais aussi un film face auquel on peut passer son chemin si l'on cherche vraiment les émotions que propose la bande-annonce.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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