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CHANGEMENT D'ADRESSE

Un film de Emmanuel Mouret

Charmants décalages

Sur le point de déposer une annonce dans une vitrine, un jeune homme fait la connaissance d'une belle femme, qui lui propose de visiter l'appartement d'une amie, pour une colocation. Il s'agit en fait de son propre appartement, qu'elle espère partager malgré l'absence de cloisons...

Deux ans après "Venus et Fleur", Emmanuel Mouret revient à la Quinzaine des réalisateurs avec une nouvelle comédie dont la légèreté n'a d'égal que le plaisir qu'on prend à découvrir sa vision d'un Paris fait à la fois d'isolement et d'entraide. Dans cet appartement, que le jeune homme accepte d'investir, malgré une certaine timidité, la promiscuité gênante, va peu à peu se transformer en complicité non sans tâches. Et c'est avec bienveillance que le spectateur accompagne la caméra d'Emmanuel Mouret dans les recoins d'une relation à la fois improbable et séduisante.

Le réalisateur donne lui même la réplique à Frédérique Bel (connue pour sa "minute blonde" sur Canal +) aussi naïve que sublimement belle, justement. Tous deux sont formidables et servent à merveille des dialogues délicieux, parfois à double ou triple sens (comme lorsqu'il est question de ce "cor", instrument de musique dont le héros joue... et se propose de donner des leçons), et qui jamais ne sonnent faux, malgré une indéniable écriture calibrée. Le scénario ne donne lui, jamais dans l'excès, même s'il fait de la potentielle vamp, une fille non pas bête, mais juste insouciante, bourrée de valeurs incertaines et d'une légèreté surprenante.

Elle semble ainsi s'exprimer bien avant toute réelle réflexion propre, lâchant ainsi nombre de remarques fort justes sur les complicités ou concessions liées au fait d'être en couple. Elle est prête à partager son homme, mais aussi souhaite pouvoir avoir d'autres amants. Elle entretient en permanence une ambiguïté amoureuse, sans oser vraiment, sans vouloir non plus, et entre ainsi dans une jalousie progressive et maladive, probable symptôme moderne d'une absence de décision. En perpétuel décalage, "Changement d'adresse" sublime en permanence la réalité du quotidien et constitue ainsi, avec ses dialogues savoureux et rythmés avec brio, un constant ravissement pour les oreilles, qui donne en même temps du baume au coeur.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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