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C’EST QUI CETTE FILLE ?

Un film de Nathan Silver

Une certaine recherche d’ambiance, pas très réussie

Gina est une hôtesse de l’air américaine. Après le suicide de son petit ami, elle se fait draguer lors d’une escale par un barman parisien et finit la nuit avec lui. Persuadée qu’il s’agit là du début d’une histoire, elle s’incruste dans sa vie...

Présenté comme « l’(anti)-comédie romantique de l'été », "C’est qui cette fille" semble en permanence à la recherche d’une tonalité et d’une esthétique originales. Passée par Venise (Journées des auteurs), Tribeca, mais aussi Sitges, cette œuvre pour le moins à part, paraît cependant en permanence dans l’exagération, malgré des interprètes impliqués, qui semblent du coup un peu perdus dans cet univers plus proche du cauchemar intime que de la bluette sympatique.

Si l’on veut bien croire au fait que, perturbée par le suicide de son grand amour, Gina passe son temps à lire son horoscope, et suite à une séance de voyance décide de rester à Paris, on reste un peu perplexe face à ses agissements, proches d’un inconscient harcèlement. L’identification fonctionne donc difficilement avec cette protagoniste oscillant de plus entre naïveté et calcul monomaniaque. C’est du coup le personnage de Jérôme, le barman, qui fascine, grâce au jeu excellent de Damien Bonnard ("Rester vertical", et bientôt dans l’excellent "En liberté"), qui casse joyeusement le mythe du « french lover », ici à la fois vulgaire, bourré, ventru et mal fagoté.

Jacques Nolot vient notamment compléter le casting, parfait dans son rôle de patron de boîte, à la fois nerveux et intéressé. Malheureusement, l’esthétique du film agace rapidement, même si l’on en comprend vite les rouages. L’aspect ouaté (comme dans un rêve ou un monde idyllique), l’utilisation à outrance d’ambiances colorées (un orange venant de la rue, une chambre bleu-rose, une boîte de nuit rouge et verte…) sont un peu trop prégnants. Son monde tout rose à elle, qui finira par voler en éclats face à une réalité bien cruelle, aurait peut-être suffi comme un moment ponctuel, à l’image du rêve façon comédie musicale. Et même si on n’adhère pas ici à la forme, on reste intrigué par ce que Nathan Silver ("Uncertain terms", découvert à Deauville en 2014) pourrait nous proposer à l’avenir.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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