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CE QUE LE JOUR DOIT À LA NUIT

Un film de Alexandre Arcady

Un feuilleton France 3 raté sur ses deux plans

Younes est le fils d’un agriculteur qui, autrefois, possédait des champs de blé à perte de vue. Hélas, son père a tout perdu en tenant tête à son mécène. Après des mois de misère et d’autarcie à Oran, le père de Younes décide de confier son fils à son frère, pharmacien marié à une française, afin qu’il ait la vie qu’il mérite. Là-bas, Younes se fait appeler Jonas et découvre un monde radicalement différent. Il y rencontre Emilie, une élève de la femme de son oncle, professeur de piano, dont il tombe instantanément amoureux…

Assez catastrophique, c’est le qualificatif qui vient à l’esprit à l’issue de la longue projection du dernier film d’Alexandre Arcady, dont on croyait déjà qu’avec son film précédent, « Comme les cinq doigts de la main », il avait touché le fond. C’est donc le best-seller de Yasmina Khadra qu’il a choisi d’adapter pour traiter d’un thème qui lui est cher : le déracinement, en particulier celui des Pieds-noirs et la guerre d’Algérie (évidement).

Après une interminable mise en place aussi embarrassante que le sur-jeu de l’acteur interprétant le père du petit Younes, ou encore l’inutile voix-off donnant immédiatement l’impression d’assister à une saga France Télévision, le film ne se poursuit pas sous de meilleurs auspices. L’omniprésente musique en toile de fond (quand le narrateur se tait) et la platitude de la réalisation n’inversent malheureusement pas la tendance… Pour couronner le tout, le réalisateur navigue à vue entre romance impossible peu crédible et reconstitution historique approximative et partiale. Le problème est qu’Alexandre Arcady n’a pas la liberté de Yasmina Khadra qui, à travers les pages de son roman, a pu dépeindre en profondeur ses personnages et l’environnement conflictuel de l’époque. Le réalisateur n’a que ses 2h40 pour convaincre, alors qu’il lui en faudrait plus du double pour parvenir à retranscrire l’essence du matériau original. Résultat : l’histoire d’amour morte-née est peu crédible, tant l’argument avancé parait bien futile lorsqu’à un amour aussi intense que l’on voudrait nous faire croire s’oppose le secret inavouable d’une mère, qui n’a finalement que très peu de liens affectifs avec sa fille. Fu’ad Ait Aattou, qui s’enfonce corps et âme dans l’état impassible que son personnage s’efforce de faire transparaitre, peine à nous convaincre du tiraillement intérieur de Younes/Jonas.

Du point de vue de la retranscription de la période noire que traversait l’Algérie pendant la révolte du FLN face à l’occupation française, Arcady y va par à-coups, ne parvenant jamais à faire planer un soupçon de tension dans les relations arabo-françaises. Pire, en reléguant au second plan cet aspect de l’histoire et en le traitant largement du point de vue des Pieds-noirs, il en vient à faire passer le désir d’indépendance des Algériens pour un simple caprice, ne montrant qu’un léger passage à tabac d’un gérant de bar envers son homme de main arabe ou alors en éludant bien sagement les tortures, viols et autres monstruosités qui ont eu lieu pendant cette colonisation. En revanche, il n’hésite pas à insister sur les tueries perpétrées par le FLN au moment de la guerre d’indépendance. Mais le comble du détestable est atteint lorsqu’Alexandre Arcady n’hésite pas à dévaler sur le terrain glissant de la légitimation de la colonisation via les maints regrets de ses personnages. Une scène est à ce titre particulièrement éloquente, lorsque Juan Rucillo, possédant des hectares de vignes, confie à Jonas que celles-ci ne perdureront pas une fois que la terre sera rendue aux Algériens. A Jonas de répliquer qu’autrefois, un homme était juste satisfait d’être assis au soleil, à ne rien faire, plutôt que prendre l’exemple de son père qui, avant de se faire déposséder, cultivait un champ de blé s’étalant à perte de vue… Les Algériens seraient-ils un peu fainéants selon vous, M. Arcady ? S’il existe des effets positifs dans la colonisation des pays d’Afrique, pourquoi ne pas essayer de trouver des aspects positifs dans l’Apartheid ?

Par ailleurs, à côté de toutes ces tares et prises de positions discutables, certains acteurs ne sont pas à leur place dans ce film. Tandis que Nora Arnezeder, Anne Consigny, Mohammed Fellag et Vincent Perez parviennent à rester convaincants dans leur interprétation, Fu’ad Ait Aattou a bien du mal à faire passer le tiraillement entre l’amour qu’il ressent (qui semble bien moindre que celui d’Emilie) et le terrible secret qui le lie à la femme de sa vie. Le pire reste Anne Parillaud, qui se retrouve dans un rôle qui ne la sied pas du tout. Dès sa première apparition à l’écran, l’aspect caricatural de son personnage anéantit instantanément tous les efforts de l’actrice pour lui donner un minimum d’épaisseur… C’est navrant pour une actrice de cette trempe.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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COMMENTAIRES

tibburce

mercredi 10 juillet - 6h20

j'ai plutôt apprécié ce film que je ne trouve pas manichéen ! Bien sûr Arcady se place du côté qu'il connait mais les quelques vues sur les mauvais traitements sur les algériens sont assez parlants même s'ils sont rares, il est vrai En tout cas ça aide à comprendre ce drame qui, hélas, perdure encore dans les 2 communautés même si heureusement ... du chemin a été fait mais il en reste encore à parcourir
Il me semble que la mère éprouve simplement la jalousie d'une femme déjà "vieillissante" devant sa fille

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