Parce qu'on en a jamais assez !

CARBONE

Un film de

Comme une impression de déjà-vu à chaque seconde

Malgré tous ses efforts, Antoine n’a pas d’autre choix que de devoir déposer le bilan de son entreprise. Mais une combine pourrait bien lui permettre de renflouer les caisses. Sauf qu’on ne s’improvise pas truand du jour au lendemain…

Entre 2008 et 2009, près de dix milliards d’euros auraient été détournés grâce à une fraude à la taxe carbone. C’est à cette escroquerie hors norme que va s’intéresser le spécialiste du polar, Olivier Marchal. Et pour être sûr d’y parvenir, le cinéaste va prendre tous les ingrédients du film policier : un homme d’affaires véreux, des petites frappes, un gangster au grand cœur, une épouse jalouse et un enquêteur ripoux. Comme si ses personnages n’étaient pas suffisamment stéréotypés, le réalisateur a également choisi de construire chaque scène comme un archétype du genre, des scènes d’action nocturnes aux désormais indispensables séquences en boîtes de nuit.

Avec cette panoplie complète du polar français, "Carbone" pouvait difficilement être autre chose qu’un vulgaire copier-coller d’un auteur qui semble aujourd’hui se complaire à se recycler. Malgré les qualités de mise en scène, le métrage s’enferme dans un cadre prévisible où la fatalité attendue ne peut susciter aucun suspense. Et ce ne sont certainement pas les personnages secondaires qui viendront insuffler un brin d’originalité à l’ensemble, ceux-ci disparaissant dans les méandres de ce brouillon scénaristique sans que leurs intrigues ne trouvent un dénouement (Michaël Youn, on pense à toi). Les péripéties du pauvre Antoine, patron combatif d’une PME, reconverti en truand pour sauver ses employés et prouver à son beau-père ce dont il est capable, tournent rapidement en rond avant de devenir pleinement soporifiques.

Seule satisfaction, la performance de Gringe qui démontre des qualités inattendues de comédien après "Comment c’est loin", tandis que le flow mélancolique de son compère Orelsan sublime les images. Mais avec un duo Depardieu – Magimel en roue libre (ce qui était déjà le cas dans la série "Marseille"), des rebondissements grotesques et une mécanique trop appuyée, "Carbone" est un énième récit policier où l’efficacité est censée combler l’absence totale d’audace. Pire, la rage et la nervosité des situations sont annihilées par des ressorts dramatiques surannés et éculés, transformant une atmosphère poisseuse en un banal manuel d’apprentissage du polar à la française.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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