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CAITI BLUES

Un film de Justine Harbonnier

Un blues sans relief

Alors qu’elle travaille dans un bar, Caiti rêve de pouvoir enfin vivre de sa passion : la musique…

Caiti Blues film documentaire documentary movie

Nous sommes à Madrid, mais pas en Espagne. Non, la caméra de la cinéaste française Justine Harbonnier a pris ses appartements dans la bourgade homonyme du Nouveau-Mexique, pour croiser à nouveau la route de Caiti, une jeune fille rencontrée il y a une dizaine d’années sur un précédent court métrage. Depuis, les rêves de gloire de celle qui se fait nommer Caiti Lord se sont évaporés, obligée de travailler dans un bar pour subvenir à ses besoins. Si elle offre des spectacles aux locaux et fait résonner sa voix hebdomadairement sur la radio du coin, vivre de la musique semble une réalité chimérique, en particulier dans cette Amérique de Trump où tous ceux qui s’écartent des sirènes de l’ultra-libéralisme sont invités à rester sur le bas-côté.

Par le portrait de cette femme luttant tant bien que mal pour s’en sortir, c’est à toute une génération que le documentaire offre un écho, celle d’individus qui aspirent à transformer leur passion en un métier. En creux, c’est au pays de l’Oncle Sam que s’attaque la réalisatrice, à cette usine des rêves en panne où l’inventivité artistique ne trouvera de la valeur que dans les dollars qu’elle peut rapporter. Et si en plus, on ose critiquer le pouvoir en place à travers une forme d’expression, bonne chance… Chapitré autour d’extraits de chansons de Caiti, et séquencé par des numéros musicaux, le film évite le pamphlet doloriste pour prendre des traits d’un conte où la fin heureuse n’est pas exclue.

Malheureusement, le métrage semble se complaire à se contenter de capturer sa protagoniste dans différentes situations, souvent anecdotiques (sieste, discussion anodine…). Comme écrasé par ces paysages de l’Americana immortalisés tant de fois par le grand écran, "Caiti Blues" manque cruellement d’un point de vue, d’un regard permettant de trouver l’équilibre nécessaire entre la chronique intime et le filagramme politique. Paradoxalement, à décrire le quotidien d’un être qui ne rentre pas dans les cases, de par son physique, son orientation sexuelle ou ses ambitions, le film se limite à des saynètes terriblement attendues et balisées. Si le résultat est loin d’être honteux, il ne figure clairement pas dans le haut du panier de cette sélection cannoise ACID 2023, où l’on préférera notamment "État limite" parmi les propositions de documentaires.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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