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BOLERO

Un film de Anne Fontaine

Troublant boléro

Le long et intense processus de création du boléro par son non moins célèbre compositeur, Maurice Ravel…

Ce biopic qui n’en a que le nom retrace un moment clé de la carrière du compositeur français Maurice Ravel : l’élaboration du fameux boléro. Morceau entêté et mystérieux, à l’image de son créateur, le boléro impressionne toujours par sa modernité et son universalité (le générique de début l’illustre bien). Mais que dire de son élaboration ? Le film d’Anne Fontaine nous permet d’y voir plus clair. À l’origine commande d’un ballet pour la célèbre danseuse Ida Rubinstein, interprétée par la voluptueuse Jeanne Balibar, cela ne devait être que l’orchestration d’une suite pour piano (Iberia d’Isaac Albéniz). Seulement voilà, pour une sombre histoire de droits, il a fallu repartir de zéro. D’une page blanche, ou d’une partition blanche si vous préférez !

Pour Ravel qui est d’un naturel perfectionniste, voire obsessionnel, cette orchestration tombe mal. Bien qu’il soit déjà un compositeur en vogue à l’époque, les critiques et certains bien-pensants (les membres du grand prix de Rome pour ne pas les nommer) le trouvent surcoté et l’attendent au tournant. S’ajoute à cela une relation complexe et subtile avec Misia Sert (Doria Tillier), la sœur de son ami Cipa (Vincent Perez), malheureuse en ménage. Misia est pour l’artiste plus qu’une amie, c’est une muse et une confidente (il lui dédit certaines de ses compositions). Mais Ida Rubinstein ne laisse pas de répit au compositeur de génie, qui tente bien que mal de s’y mettre quand il n’est pas en tournée « aux Amériques » comme il le dit. Raphaël Personnaz qui tient le rôle de Maurice Ravel impressionne par son jeu d’acteur. On en viendrait à douter qu’il joue tellement il est habité par son rôle. Et c’est tant mieux, car il aurait été difficile d’imaginer un tel compositeur ne pas l’être et ne pas s’éprouver à composer une telle œuvre.

La performance de Raphaël Personnaz est appuyée par le reste du casting de "Boléro", très qualitatif. On retrouve en effet des noms connus au générique : Doria Tillier, Vincent Perez, Emmanuelle Devos, Anne Alvaro, etc… Mis à part le choix judicieux des acteurs, ce qui fait le sel de ce film, ce sont les variations de rythme, tantôt allegro (vif), à l’image de l’éclatante première du boléro à l’Opéra de Paris, tantôt lento, comme dans certaines situations où la gravité et l’intimité priment. C’est dans ces moments que les regards de Personnaz et Ravel finissent par se confondre au loin, à l’horizon, quelque part entre le firmament du génie et l’orée de la folie. Les souvenirs, finement amenés, illustrent bien la mélancolie souvent présente chez les grands musiciens.

L’aspect Années Folles du film est crédible, et au niveau de la réalisation le travail d’Anne Fontaine ("Coco avant Chanel", "Présidents"...) est précis et ciselé, avec quelles fulgurances louables. Mentions spéciales à certains plans contemplatifs magnifiques, sublimés par des flous artistiques (ou bokeh pour les puristes) d’une grande beauté. Pour illustrer le propos, on choisira la séquence où Ravel est assis dans le salon d’une maison close et où en un seul plan, d’une grande efficacité, on comprend toute sa solitude. Plus que les plaisirs de la chair, c’est un accomplissement musical que recherche le compositeur au travers d’une œuvre qui a longuement maturée dans sa tête. Quelques notes de jazz sorties d’un saxophone par-ci, le rythme incessant des machines d’une usine par-là, toutes les pièces du puzzle étaient en présence, il n’y avait plus qu’à les assembler. C’est ainsi que le boléro est né, et qu’il a parfaitement délivré la maïeutique orchestrale de Maurice Ravel, la rendant perpétuelle, tout comme son auteur.

Raphaël ConversEnvoyer un message au rédacteur

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COMMENTAIRES

samedi 23 mars - 4h24

Très bon et beau film, sur le plan visuel et jeux d'acteur... l'acteur principal formidable avec une empreinte de romantisme.

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