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BLOOD DIAMOND

Un film de Edward Zwick

Politique Fiction

Alors qu'il purge une peine de prison en Sierra Leone pour trafic de diamants, Archer y rencontre Solomon Vandy, un pêcheur d'origine Mende. Arraché à sa famille et forcé de travailler dans les mines diamantifères, ce dernier a trouvé - et caché - un diamant rose extrêmement rare. Accompagnés de Maddy Bowen, une journaliste idéaliste, les deux hommes s'embarquent pour un dangereux voyage en territoire rebelle pour récupérer le fameux caillou…

Après le cynique «Lord of War» et l’émouvant «The Constant Gardener», deux incontestables réussites, voici «Blood Diamond» qui se situe au cœur de cette mouvance politique du cinéma d’aventure contemporain, et plus encore d’un cinéma hollywoodien qui a mal à l’Afrique. Modèle d’équilibre narratif, le film mêle habilement spectaculaire et sujet de fond, l’un ne prenant jamais le pas sur l’autre, sauf peut-être dans un dernier quart d’heure assez convenu.

Plus encore que les scandales du trafic d’armes et de l’industrie pharmaceutique respectivement évoqués dans «Lord of War», ou «The Constant Gardener», celui des diamants de sang permettant de financer des guerres civiles méritait d’être éclairé tant il est méconnu. Loin du style pompier et boursouflé de ses précédents films (les affligeants «Couvre-Feu» et «Légendes d’Automne» en tête), Zwick se repose ici sur un script solide et documenté, y apportant un souffle puissant via une mise en scène ample et fluide. L’exploitation des pays du sud par ceux du nord, l’embrigadement des enfants africains, la puissance des lobbies ou encore l’impuissance des ONG: tout y passe sans être simplement survolé, mais mis en exergue via un véritable projet esthétique.

La caractérisation des personnages est pour beaucoup dans la réussite du métrage. Si ceux de Connelly et Hounsou répondent à des motivations simples mais tangibles, celui de Di Caprio se démarque par sa complexité. Entre opportunisme, fuite en avant et conscience morale, il ne cesse d’être taraudé entre cynisme et humanisme. Là où le produit hollywoodien standard nous aurait gratifié d’une love story sirupeuse et d’un personnage qui change soudain du tout au tout, Zwick évite l’écueil du schématisme et tisse des liens subtils entre les individus, où l’affection et le dégoût ne sont pas si éloignés. Di Caprio, accent sud africain confondant et regard à vif, domine le film et livre, après celle des Infiltrés, une nouvelle grande performance.

Dommage que sur la fin le réalisateur verse dans un certain sentimentalisme et surtout une certaine démagogie de mauvais aloi. En achevant son film sur le mode du discours exemplaire, il en réduit quelque peu la portée. Mais les deux heures précédentes, remarquables, font largement passer la pilule. Le film fait un bide aux Etats-Unis. C’est dire s’il est réussi.

Thomas BourgeoisEnvoyer un message au rédacteur

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