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THE BEST OFFER

Un redoutable et élégant film d'arnaque

Virgil Oldman, vieil antiquaire de renom et directeur d’une maison de ventes aux enchères, semblant avoir pour seuls amis des gens intéressés, va se prendre d'un soudain intérêt pour une femme qui lui tient tête et se comporte avec distance mais insistance... Répondant à sa demande, consistant à estimer ses biens, il ne la voit jamais, toujours retardée, ou se matérialisant au travers d'une voix au téléphone, et changeant perpétuellement d'avis...

Découvert au Festival de Berlin 2013 hors compétition, "The Best Offer" marque le grand retour de l'italien Giuseppe Tornatore ("Cinema Paradiso"), après "Baaria" en 2010. Situant son action à Vienne, loin de la déliquescence de sa Sicile, l’auteur a concocté un scénario redoutable d’efficacité et signe un film trépidant et magnifiquement mis en scène. Il faut dire que le suspense entretenu autour de la cliente fantôme est assez délectable et renforce l'effet d'attraction-répulsion, attisant à la fois la curiosité du personnage principal et celle du spectateur.

Autour de cet antiquaire d’apparence sans âme et retord (il a monté une arnaque avec un de ses amis, lui ayant permis de récupérer de nombreuses toiles de renom, représentant des portraits de femmes, auxquels il rend visite dans une pièce secrète de sa demeure), se dessine ainsi une intrigue captivante, mêlant son goût pour les femmes et son désir de posséder de rares pièces. Au fil du récit, une vraie relation semble naître entre cet homme solitaire, la maison de cette femme invisible qui derrière son portail en fer forgé renferme potentiellement des trésors, et le jeune horloger qui assemble pour lui un automate dont il dérobe les pièces sur les lieux, et qui tend à devenir un confident, voire presque un conseiller conjugal.

Geoffrey Rush donne chair à ce vieil homme isolé (son nom, Monsieur Oldman, n’est pas anodin). L’introduction même du personnage nous invite à aimer son absence de mesure et à espérer trouver en lui, derrière son masque de cynisme, un peu d’humanité. La scène d’ouverture le montre d'emblée comme solitaire. Il fête en effet son anniversaire seul, dans un grand restaurant, s'offrant même le champagne... Mais ne s’apitoyant jamais sur son sort, et disposant d'une bonne dose d'autodérision, il attend que la bougie sur le gâteau offert par la maison fonde entièrement, pour déclarer que son anniversaire est en fait le lendemain, soit dans plus d'1h30.

Parabole sur le déguisement et le mensonge en art comme dans la vie, "The Best Offer" est certainement l’un des meilleurs films de cette année 2013. Ce thriller amoureux sur fond d'arnaques aux ventes aux enchères passionne par son intrigue bien ficelée, ses paraboles subtiles et la beauté de sa photographie. Ajoutez à cela une musique d'Ennio Morricone offrant de belles envolées chorales dans les moments d’intimité du héros avec l’art, lorsqu’il est entouré de ses tableaux, autant de regards de femmes qu’il n’a jamais eues, et le chef-d’œuvre n’est peut-être pas loin.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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