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LA BELLE ET LA BELLE

Un film de Sophie Fillières

Contre : Niveau -1 - La bête et la bête

Margaux a 20 ans. Lors d’une soirée, elle rencontre Margaux qui a 45 ans. Les deux femmes comprennent qu’elles sont en fait une seule et même personne, à deux âges différents de leur vie. Des décisions vont devoir être prises pour changer ou suivre le cours de leur destin…

Histoire d’arrêter de se manger le mur à répétition, il y a une ardeur que la frange bobo du cinéma français devrait essayer de freiner le plus possible : vouloir à tout prix aborder un thème ancré dans le fantastique quand on n’a ni l’ambition stylistique ni la faculté de savoir jouer sur la suspension d’incrédulité du spectateur. Après avoir signé plusieurs comédies déjà subies déjà oubliées (dont l’insupportable "Arrête ou je continue"), Sophie Fillières s’est finalement confrontée au même problème que Noémie Lvovsky sur "Camille redouble". Reconnaissons toutefois qu’a contrario de son ex-comparse de la Fémis, son idée de départ a au moins le mérite de ne pas avoir été pompée sur un célèbre film de Francis Ford Coppola : deux femmes (une quadra prof d’histoire-géo lyonnaise et une jeune adulte Parisienne sans port d’attache), toutes deux très différentes mais dotées du même prénom (Margaux), se rencontrent par hasard et entament un long processus d’échange où il sera question de dialoguer avec sa part d’antan (ou sa part future). Sur le papier, c’est séduisant. Mais à l’écran, rien ne marche.

Il est en l’état impossible de croire à un tel concept, la faute à une mise en scène de téléfilm qui ne crée aucune assise visuelle et qui mise uniquement sur les réactions souvent farfelues de ses deux actrices pour faire passer la pilule. Comble de la flemmardise, l’ensemble des situations conçues par Fillières s’enfonce dans un réalisme plan-plan sans réussir à susciter un vrai décalage avec le côté surréaliste du sujet (là encore, question de mise en scène…). L’ajout d’un personnage masculin joué par Melvil Poupaud, à la fois amant de jeunesse de l’une et amant de passage de l’autre, semble toutefois dessiner une piste intéressante sur la façon dont les sentiments disparaissent ou persistent au fil des années. Mais celle-ci reste à l’état d’ébauche, reléguée à l’arrière-plan par une cinéaste qui n’a d’yeux et d’intérêt que pour le dialogue – vite lassant – entre ses deux comédiennes. Et en ce qui concerne ces deux-là, c’est le claquage assuré : s’il n’est plus possible d’espérer quoi que ce soit d’une Agathe Bonitzer qui ne sait décidément ni sourire ni incarner qui que ce soit, on s’attriste quand même un peu de voir Sandrine Kiberlain confinée d’un film à l’autre dans des rôles de quadragénaire lunaire et romantique. L’actrice ne démérite pas ici, c’est certain. Mais au vu d’un talent d’actrice que l’on sait très vaste, on espère continuer à la voir varier les registres, comme elle avait pu récemment le faire chez Albert Dupontel ("9 mois ferme").

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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