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BAMBI

Avec

Tendre et fier portrait

Lorsqu’elle était enfant, Marie-Pierre (Pruvot) s’appelait en fait Jean-Pierre. À Alger, elle fait tourner sa mère en bourrique en ne voulant s’habiller qu’en robe, et en ramenant son premier « mec » à la maison. À 17 ans, elle découvre une revue d’un cabaret de travestis en tournée, le Carrroussel de Paris. Elle va alors partir et devenir « Bambi », l’une des figures mythiques des cabarets parisiens dans les années 50-60…

Sébastien Lifshitz, qui avait signé en 2012 l'un des documentaires les plus passionnants de l'année, "Les Invisibles", sur des sexagénaires homosexuels contant leurs vies loin de la ville et des mouvements libérés d'aujourd'hui, revient avec un nouveau film, centré sur une transsexuelle au destin hors du commun, puisqu'après avoir fait le bonheur des nuits parisiennes, elle aura vaillamment fait carrière durant 29 ans dans l'éducation nationale. Une histoire incroyable que nous conte avec un humour tout à elle, Bambi elle-même.

C'est donc à une courte interview de ce délicieux petit bout de femme, que l'auteur nous convie, y mêlant des images d'archives et des photos, et l'invitant également à se rendre avec lui dans cet Alger où tout à commencé. Avec pudeur et un certain sens de la dérision, Bambi se raconte, du refus du milieu homo du fait qu'elle se sente femme, au gouffre entre travestis et transsexuels, en passant par ses hésitations sur la pratique de la chirurgie, jusqu'à l'absurdité du destin, qui lui aura finalement fait tomber amoureuse... d'une femme.

Sous l'humour affiché et l'indéniable fierté, s'expriment tout de même le regret d'être devenu dès la trentaine « une vieille gloire », la peur tardive d'être découverte, le temps passé à chercher la moindre expression de soupçons dans les regards, ou encore sa conscience précoce de sa condition d'être enfermée dans un corps d homme. Prix du meilleur documentaire aux Teddy Awards 2013 (Festival de Berlin), le film sort en France à l'occasion de la gay pride parisienne, et envoie lui aussi mine de rien quelques uppercuts aux « antis » mariage pour tous (concernant le rapport aux enfants, ou le mariage lui-même, une de ses copines transsexuelles ayant pu se marier grâce aux « failles des textes ») et montre une dame qui malgré l'humiliation, n'a jamais cédé au renoncement.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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