Banniere Festival Ciné O'Clock 2020

AYER NO TERMINA NUNCA

Un film de Isabel Coixet

Sur fond de crise

Un homme et une femme se retrouvent dans un immeuble qui semble désert. Ils sont là pour le même rendez-vous. Ils se connaissent, mais la situation semble tendue. La discussion s’engage malgré tout...

Avec son nouveau film, Isabel Coixet ("Ma vie sans moi", "Carte des sons de Tokyo"), si elle joue au départ sur les raisons mystérieuses qui réunissent ici un homme et une femme, ne cache pas très longtemps qu’il s’agit là d’un ancien couple, aujourd’hui séparé. Par la construction même de son film, elle nous dévoile peu à peu des bribes de passé commun, des promesses qu'ils se sont faites, ainsi que les trahisons, parfois nécessaires pour survivre. Révélant aussi les motivations de chacun, dans le fond aussi complexes que peuvent l’être de vrais gens, elle confectionne des personnages profonds dont les échanges s’avèrent par moments passionnants, lorsqu’ils en viennent à exprimer leurs regrets.

Malheureusement, s’il l’utilise en toile de fond de nombreux dialogues (les reproches à celui qui est parti à l étranger, les références aux évictions des habitations...), le scénario passe à côté de son véritable sujet, qu’est la crise en Espagne. Ne prenant jamais le dessus, cette thématique brûlante se limite au final à des données ponctuelles et partielles retranscrites dans les dialogues, et à l’utilisation comme décors d’un bâtiment non terminé, commençant à tomber en ruine. Image symbolique de l’état d’un pays, où la désolation règne, Isabel Coixet l’utilise avec son entrée désolée, comme quasi unique lieu d’action, à l’image de ce qui pourrait constituer un purgatoire de leur relation.

"Ayer no termina nunca" est donc un film minimaliste, à la limite de l'expérimental, mettant face à face deux personnages attendant un rendez-vous qui ne viendra jamais. La mise en scène enfonce le clou en termes d’austérité, en matérialisant les pensées des personnages au travers de séquences de couleur sépia où chacun apparaît dans sa grotte (symbole un peu lourd de leur isolement et de la coupure entre eux), isolé et triste. Certainement le film le moins abouti de la réalisatrice, il met en scène un personnage féminin face à la supposée insensibilité de l’homme. Si elle exprime certes une rage partagée par de nombreux espagnols, l’accumulation d’aigreur n’aide pas à adhérer à l’ensemble du propos. Préférant se concentrer sur le destin du couple, l’auteur n’en évoque pas moins avec une certaine lucidité, l’existence de différentes manières de vivre un drame, entre renfermement et capacité de passer à autre chose sans pour autant oublier. Une situation facilement transposable à l’ensemble de la population espagnole, qui doit maintenant choisir un état d’esprit.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire