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AVANT L'AUBE

Un film de

Quand Fargo rencontre Jacoulot

Frédéric, un jeune en réinsertion, travaille dans un luxueux hôtel de montagne. Un client vient à disparaître. Frédéric suspecte immédiatement son patron et décide de ne rien dire. Une étrange relation va naître entre ces deux hommes...

Des paysages enneigés, une enquête qui piétine, une fliquette faussement naïve, on pense immédiatement au film « Fargo ». Raphaël Jacoulot s'inspire clairement du chef d'œuvre des frères Coen et livre un des films les plus aboutis de ce début d'année.

Ancien élève de la Femis, le réalisateur surprend par sa science du découpage et la force évocatrice de sa mise en scène. Jacoulot nous épate également par le rythme de son film : tout est précis, rien ne déborde, pas un plan de trop, bref, c'est une implacable réussite au niveau technique. Mais la réussite d' « Avant l'aube » trouve réellement sa source dans la puissance de son scénario. L'exploration des liens familiaux était déjà présente dans « Barrage », son premier film. Un film d'auteur exigeant qui sondait les origines d'une relation fusionnelle entre une mère et son fils. Dans « Avant l'aube », le jeune Frédéric (Vincent Rottiers) trouve dans Jacques (Jean Pierre Bacri), son patron, une figure paternelle qui lui faisait défaut. Frédéric soupçonne Jacques d'avoir fait disparaître un des clients de l'hôtel et décide curieusement de garder le silence. La fascination de Frédéric pour cet homme est alors totale. Le patron comprend très vite que l'employé à percé son terrible secret. Un non dit qui polluera petit à petit la psyché de Jacques et qui le poussera à se comporter de manière étrange avec son stagiaire.

Cette relation ambigüe est le sujet même du film. Jacques ne s'entend pas avec son fils et va projeter son affection sur Frédéric. Le suspense d' « Avant l'aube » trouve sa source dans l'attitude de Jacques vis-à-vis du jeune homme. Pourquoi cet homme charismatique apporte-t-il son soutien à celui qui vient de le démasquer ? Quelles sont les raisons profondes qui le poussent à apprécier Frédéric en endossant le rôle d'un père adoptif ? Avec finesse, le réalisateur explore le machiavélisme d'un homme, dissimulé derrière les oripeaux de sa gentillesse. En filigrane, Jacoulot propose une véritable lutte des classes à partir du background de ses personnages: une confrontation entre le prolétaire et le bourgeois et une opposition entre la montagne et la vallée. Une judicieuse rencontre qui donne des clefs sur la psychologie complexe des personnages.

En manipulateur désespéré, Jean Pierre Bacri abandonne son rôle de « râleur » officiel du cinéma français pour composer admirablement un être étouffé par ses contradictions. L'acteur déborde de naturel et entraîne son partenaire sur le terrain des grandes prestations de l'année. Vincent Rottiers est sans aucun doute la révélation d' « Avant l'aube ». Rongé par les souffrances de l'existence, il donne merveilleusement corps à un personnage mutique et prisonnier de sa solitude. Les échanges entre Bacri et Rottiers sont criants de vérité et comptent ainsi parmi les nombreux points forts du film.

Aidé de son imparable scénario, « Avant l'aube » est un thriller psychologique de haute volée, magnifié par deux acteurs au sommet de leur art. Devant tant de qualités, on ne peut qu'être impatient de découvrir la prochaine œuvre de Raphaël Jacoulot. Il vient à l'instant de graver son nom sur la top liste des réalisateurs français.

Arnaud GodardEnvoyer un message au rédacteur

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