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AU COEUR DE L'OCÉAN

Un film de Ron Howard

Bluffant

Herman Melville rend visite à un homme qui fut autrefois moussaillon sur l'Essex, un baleinier tristement célèbre pour son naufrage, en 1820. Aidé de la femme de celui-ci, il réussit à convaincre l'homme, dernier survivant parmi les rescapés, de livrer sa version de l'histoire qu'une enquête vraisemblablement truquée a longtemps occultée. Il en tirera son plus fameux roman, Moby Dick...

Ron Howard, réalisateur souvent jugé comme un bon faiseur, mais trop sage dans ses mises en scène ("Appolo 13", "Un homme d'exception"), n'en finit plus de surprendre. Après un très réussi "Rush", dans lequel il évoquait la rivalité entre les pilotes de course James Hunt et Niki Lauda, le voici qui se surpasse une nouvelle fois et nous livre sans doute l'un des films les plus puissants de l'année.

Nouvelle histoire de rivalité entre un second expérimenté à qui on refuse toujours le poste de capitaine et un homme de bonne famille qui accède à ce titre sans avoir fait encore ses preuves, "Au cœur de l'océan" impressionne par la minutie de la reconstitution, le formidable rendu du chaos des épreuves qu'endurent navire et équipage, et l'émotion qui se dégage au final.

Jamais cliché, toujours sous tension, ce récit qui ne ressort de l'océan que pour mieux occulter les pires atrocités auxquelles les marins sont confrontés (on pensera alors forcément au brillant "L'Odyssée de Pi" qui valut à Ang Lee son deuxième Oscar du meilleur réalisateur). Immersif par moment, grâce à des plans habiles ou vertigineux, proches des cordages, des pieds des marins ou de la massive ancre, la mise en scène alterne judicieusement entre ampleur et intime.

Le film se révèle d'ailleurs être un sérieux candidat dans la course aux prochains Oscars, à la fois pour ses prouesses techniques dans la mise en scène, la finesse de son scénario, ses englobants effets sonores et sa sublime musique (signée Roque Baños). En effet, alors que l'action domine tout au long du film, Ron Howard frappe fort en démontrant son aptitude à générer l'émotion en quelques plans livrant une culpabilité longtemps sourde, décrivant un débarquement silencieux, ou annonçant le début d'une nouvelle ère.

Effets spéciaux subjuguants, gros son percutant, photographie comme ouatée dans la chaleur du soleil ou la bruine d'un rivage, crudité d'un dépeçage d'une baleine, tension d'un harponnage, le quotidien du baleinier Essex semble rendu à merveille. Par son message écolo, livré en arrière plan, remettant l'homme à sa place par rapport à l'immense nature, et par sa capacité à faire de l'épique, malgré quelques prises de liberté avec la réalité, le support d'une histoire universelle, "Au cœur de l'océan" est le film d'aventures intelligent de cette fin d'année.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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