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AU CLÉMENCEAU

Un film de Xavier Gayan

Viens boire un p'tit coup à la maison !

La vie d’un bar-tabac PMU, avec ses habitués comme les convives plus occasionnels…

Au Clémenceau film documentaire documentary movie

Peu de temps après "Atlantic Bar" de Fanny Molins, voici qu’un autre documentariste nous plonge à nouveau dans le quotidien d’un café. Ici, nous sommes à proximité de Fréjus, au Clémenceau, là où Georges occupe les lieux depuis de nombreuses années. Le film s’ouvre d’ailleurs sur son rituel matinal, sur cette ouverture du rideau métallique, sa disposition méticuleuse des gâteaux sur le comptoir, l’arrivée des premiers clients. La caméra de Xavier Gayan ("Roland Gori, une époque sans esprit", "Les Poètes sont encore vivants") va elle s’attacher à filmer les chalands au plus près, souvent en gros plans, isolant les individualités d’êtres formant pourtant une communauté, « une famille » même comme le rappellent certains.

Car au-delà du portrait du tenancier, le métrage dresse avant tout un panorama de la France des oubliés, celle qui lutte tous les mois pour subvenir à ses besoins. Des oubliés préférant souvent noyer leurs inquiétudes dans les addictions offertes dans ce lieu unique. Tabac, alcool, jeux à gratter, chacun peut choisir le vice dans lequel il va sombrer. Oui, mais le raisonnement serait beaucoup trop manichéen. Nombreux ont besoin de ces moments pour oublier leur quotidien, leur permettre de l’affronter, réussir à se réveiller chaque matin. Combattre le mal par le mal… Le patron du bar devient alors un confident, un ami, un infirmier, occupant tous ces métiers sans jamais ôter sa casquette de maestro de l’anis.

Évidemment, un tel procédé cinématographique implique une certaine redondance, une impression d’écouter en boucle les mêmes conversations anecdotiques. Mais lorsqu’on tend l’oreille de plus près, entre les bruits de la tireuse à bière, on peut déceler des récits bien plus profonds, des traumas du passé à la peur d’un futur dont il est bien difficile d’en imaginer des aspects joyeux. Dans ce microcosme, c’est tout un pan de la vie périurbaine qui nous est racontée, avec des sourires de façade et des rires sincères. Sans aucune condescendance, Xavier Gayan tire une photographie douce-amère des classes populaires, les remettant dans une lumière que les classes politiques s’amusent trop souvent à ignorer. Un bel exercice humaniste qui mérite le détour par les salles obscures.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

Au Clemenceau Bande-annonce VF.mp4 from A VIF CINEMAS – DHR distribution on Vimeo.

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