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ATTILA MARCEL

Un film de Sylvain Chomet

Madeleines de Proust, Chouquettes de Paul

Paul, jeune trentenaire mutique, vit avec ses deux tantes depuis son plus jeune âge. Entre le piano et le cours de danse familial, Paul se contente d’une routine simple. Jusqu’au jour où il fait la rencontre de Madame Proust, la voisine excentrique du quatrième étage. Ensemble, ils vont aller à la pêche aux souvenirs et c’est en regardant le passé que le présent de Paul va basculer…

Premier film live de Sylvain Chomet, "Attila Marcel" fait suite à ses deux très remarquées précédentes réalisations, "Les Triplettes de Belleville" (2003) et "L’Illusionniste" (2010). Venant du monde de l’animation, le réalisateur donne à "Attila Marcel" ce goût de fabrication artisanale, de personnages caricaturaux à l’univers loufoque et poétique de Madame Proust, en passant par les souvenirs colorés de Paul.

Même l’histoire a quelque chose du merveilleux, ou du moins elle est peu banale. Paul, la trentaine, vit seul depuis son enfance avec ses deux vieilles tantes (interprétées par Bernadette Lafont, pour son dernier rôle à l’écran, et Hélène Vincent). Mutique, il ne s’exprime que par le piano et sa passion pour les chouquettes. Son passé est énigmatique alors que son présent semble, lui, réglé comme du papier à musique. Jusqu’au jour, où Madame Proust, sorte de chaman des temps modernes, lui propose de goûter à son remède maison : sa tisane « aux herbes ». Pour Paul, c’est le départ d’un long voyage dans la mélodie de ses souvenirs…

« Nous trouvons de tout dans notre mémoire » aurait dit Proust, cité au début du film. Paul le sait bien puisqu’il ramène tous les jeudis des légumes à ses tantes pour justifier ses absences chez la mi-voyante, mi-potagère, mais franchement réactionnaire, Madame Proust. Entre un Paul mutique, deux tantes identiques dans leur rigidité abrutissante, la voisine gourou du Bouddha en guerre, tout ce petit monde est plein de caractère. Les qualités de jeux de Guillaume Gouix étonnent malgré l’absence de mots pour le rôle de Paul et Anne le Ny surprend et fédère dans celui de Marraine la bonne fée. Seul le duo choc des deux vieilles, inspiré des "Triplettes de Belleville", ne tient pas la longueur malgré un début enthousiaste.

Hormis ces personnages atypiques, on retient également l’univers que Sylvain Chomet installe, entre famille hippie au passé et bourgeoisie qui s’étouffe au présent. Les clichés fonctionnent et font rire, loin de déplaire, et les extravagances de Madame Proust tirent cette histoire hors des lieux communs. Au-delà des souvenirs de Paul, il y a la confrontation de ces mondes qui vivent pourtant l’un au dessus de l’autre : Bouddha, Jésus et les légumes, tous dans le même panier finalement.

Alors ce que l’on garde, ce n’est pas tant la thérapie du souvenir de Paul, ni la résolution du mystère familial mais tout simplement ces petits moments où l’on sourit et que l’on apprécie, simplement.

Anne-Claire JaulinEnvoyer un message au rédacteur

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