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L’APÔTRE

Un film de Cheyenne Carron

Une approche trop maladroite

Akim, jeune musulman appelé à devenir imam, voit ses repères bouleversés lorsqu’il décide de se convertir au christianisme à la suite d’une rencontre inattendue. Dans un chaos familial qui l’oppose à son frère, Akim tentera de se faire accepter par les siens…

Quelques mois après "La mante religieuse", le cinéma français s’intéresse à nouveau à un personnage soudainement frappé d’amour pour la religion, en l’occurrence chrétienne. Le souci est toujours le même : comment évoquer le sujet sans sombrer dans le prosélytisme aggravé ? Dans son film, Natalie Saracco tutoyait la grâce pendant une bonne heure avant de s’abîmer dans un final plus que tendancieux. Dans le cas de Cheyenne Carron, déjà réalisatrice de quatre longs-métrages auto-produits (dont le très mauvais "Écorchés" avec Mélanie Thierry), l’approche sera différente car axée sur les conflits d’idéologie entre les pratiquants de deux religions monothéistes.

Le postulat est simple : un jeune musulman prêt à devenir imam rencontre un jeune chrétien à la suite d’un accident de la route, et décide alors de se convertir au christianisme, ce qui provoque l’incompréhension de sa famille et l’intolérance de ses frères de religion. Sujet bouillant, voire on ne peut plus polémique en ces temps de tensions sociétales ciblant la communauté musulmane, Carron semble avoir voulu le traiter de façon juste et mesurée : de bonnes intentions hélas gâchées par trop de maladresses.

En effet, il n'est pas facile d’adhérer à un film qui n’arrive même pas à rendre crédible son argument de départ, à savoir la conversion progressive d’un musulman à la foi chrétienne. En plus d’être trop rapide et basée sur des raccourcis faciles (le héros sympathise avec un chrétien sympa, et hop !), celle-ci paraît surtout peu vraisemblable dans le mesure où le protagoniste s’avançait clairvoyant dans son désir de devenir l’imam de sa communauté. Même sur le terrain de la foi, le film semble rechercher un équilibre qu’il n’atteint pourtant jamais : Carron aura beau limiter son intrigue au cercle privé d’une famille nourrie de conflits internes, le simple fait de présenter les musulmans comme intolérants face à des chrétiens sages et modérés assure à son film d’être le terreau d’une polémique inévitable.

Il en est de même pour l’approche individuelle d’une foi différente, à travers laquelle le héros découvre deux notions qui lui semblaient jusque-là inconnues : le respect et la charité. Comme si cette conversion ne visait qu’à le sortir des ténèbres pour l’emmener vers la lumière. Sans être aussi ouvertement prosélyte (la scène finale semble prôner l’équité des convictions religieuses), "L’apôtre" en titille hélas la fibre par excès de naïveté et s’abîme au final dans une forme de prêchi-prêcha démagogique.

On comprend aisément que Cheyenne Carron ait dû batailler sévère pour monter un tel projet : le dossier de presse nous indique qu’outre l’absence du soutien du CNC, la réalisatrice a dû lancer un appel aux dix plus grosses fortunes de France, dont l’une d’elle (restée anonyme) lui a finalement accordé les fonds nécessaires à la production de son film. Mais une ténacité évidente n'engendre pas pour autant un grand film, et le regard finalement caricatural posé par Carron (sans doute malgré elle) sur cette histoire oriente trop celle-ci sur le terrain de l’idéologie. En tout cas, d’un point de vue strictement technique, on ne pourra compter que sur d’excellents acteurs et quelques échanges tendus à la Kechiche pour trouver quelque chose d’un tant soit peu défendable dans le film. Parce qu’en terme de mise en scène, la propension de Carron à user de la caméra portée et des cadrages obliques ne fait que cristalliser l’échec de son film, trop penché d’un côté pour faire preuve d’équilibre.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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