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ANOTHER DAY OF LIFE

Un percutant documentaire animé, sur le rôle ambiguë des journalistes en temps de guerre

Ryszard Kapuscinski, reporter polonais, se retrouve en 1975, en pleine guerre civile en Angola. Tentant de rejoindre un front plus que jamais mouvant, il se retrouve pris entre les différentes factions, découvre l’étendue des massacres de civils, ainsi que le rôle des différents alliés...

Centré sur un reporter polonais décédé en 2007 (Ryszard Kapuscinski), "Another day of life" mêle animation à base de motion capture et documentaire (des interviews de certains des protagonistes du conflit encore vivants, quelques images ou photos d’archives de ceux qui ne sont plus…). Poignant, ce long métrage, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes et en séance événement au Festival d’Annecy 2018, constitue un témoignage indispensable sur la guerre civile en Angola et la manière dont les journalistes de guerre peuvent parfois participer à l’écriture l'histoire avec un grand H.

Ici, la technique utilisée permet à la fois une immersion totale du spectateur aux côtés des reporters, à l'image de la première fusillade en plein désert, impressionnante de virtuosité, qui positionne le regard au raz du sol à la manière d'un observateur pris lui même entre les tirs. Efficace, l’animation permet aussi de rendre plus supportable les massacres ignobles de colonnes d'exilés, et de fournir au passage quelques visions cauchemardesques distancées d'une terre soumise à des bombardements, se disloquant sous les pieds des hommes. Alors que l’ensemble du métrage beigne dans des couleurs ternies, comme plombées par le soleil et la chaleur ambiante, ces passages prennent tout à coup des teintes rougeâtres, dépeignant ainsi l’enfer qui entoure les protagonistes.

Au delà d’une tentative de description de la fascination exercée par l’Afrique sur les occidentaux (l’ambiance des « musseques », bidonvilles de Luanda, la capitale…) et de la nécessité pour les journalistes d’être au plus près des combats, la force de ce travail documentaire est de retracer la progressive dimension internationale du conflit, impliquant CIA (USA), combattants Cubains et potentiellement armée d’Afrique du Sud. Mettant au centre du récit la notion de « confusion », aux multiples sens, le film retrace quelques trois semaines ayant mené à une coûteuse indépendance, engendrant ensuite 17 ans de guerre civile. Un récit bouleversant sous forme de multiples rencontres et de puissantes visions d'une terre éventrée, porteur à la fois d’une troublant et lucide discours sur "la naissance du tiers monde" et d’un point de vue sur le rôle et l’implication des journalistes. Indispensable.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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