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ANIMAL KINGDOM

Un film de David Michôd

La chute d'un clan

Dans la banlieue de Melbourne vit la famille Cody, dont tous les hommes sont des criminels. Arrive parmi eux, un neveu éloigné, Joshua, plutôt réservé, fasciné par chacun de ses oncles, même par celui qui a à peine quelques années de plus que lui. Mais alors qu'ils planquent devant la maison, le chef de clan décide d'aller provoquer la police une nouvelle fois, en apportant des fleurs aux agents. Quelques jours plus tard, il sera abattu de sang-froid, au volant de sa voiture, sous un faux prétexte...

La force d' « Animal kingdom » est de ne jamais dépeindre la police comme meilleure que le gang familial qui est au cœur de l'histoire. En choisissant de décrire cette étrange fratrie, dans laquelle la (grand) mère joue un rôle peu clair, sorte de bienveillance incestueuse, depuis le point de vue du jeune neveu, semi-étranger en cette maison, l'Australien David Michôd, fait le même choix de la neutralité, tout au moins initiale. Celle-ci lui permet de balloter son personnage entre un camp et l'autre. Car celui-ci, arrêté après la première vengeance des frères survivants, va être manipulé par la police, pour mieux semer le trouble et le doute au sein du clan.

Le sentiment de danger grandissant, le spectateur le partage rapidement avec le protagoniste principal. Il le précède même peut-être dans cette sensation. Car dans le fond, extrait de l'admiration que le jeune homme porte à ses oncles, il peut rapidement déceler les failles de ceux restes et comprendre l'équilibre perdu avec la disparition d'un d'entre eux. Il faut dire que l'un passe son temps à flipper, s'énervant pour un rien, drogué aux pupilles dilatées, qui se réfugie dans les bras de sa mère au moindre problème. Et qu'un autre commence à faire peur à force de compassion appuyée, d'insistance pour qu'on « dialogue » avec lui ou se confie à lui, et de soif de contrôle sur les autres. Tout cela ne peut donc que mal se terminer.

La mise en scène alterne moment de grande tension entre les personnages, et élude habilement les classiques du film policier (contrôle, placage au sol, descente...), pour mieux montrer la routine qui compose la vie du gang, l'important ne se jouant presque pas à l'extérieur, mais à l'intérieur de la cellule familiale. L'évolution psychologique de chacun est intéressante à observer, le personnage de la mère jouant un rôle bien plus important que prévu. Jacki Weaver, perverse à souhait, est impressionnante de retenue, et a d'ailleurs obtenu une nomination à l'Oscar pour ce second rôle. Mais à bien y regarder, elle n'est pas la seule qu'il faudrait saluer. Car sans son casting, « Animal Kingdom » ne serait qu'un film de gangster parmi d'autres.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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