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ANGELE ET TONY

Un film de Alix Delaporte

C'est pas l'homme qui prend la mère, c'est la mère qui prend l'homme

Une jeune femme échange un jouet G.I. Joe contre une passe. Elle s'appelle Angèle. Récemment libérée d'une peine de quatre ans, elle ne voit plus son fils dont la garde à été confiée à ses beaux parents. Elle ne vit que pour la retrouver, mais pour cela il lui faut pouvoir se prévaloir d'une certaine stabilité. Grâce à une petite annonce, elle rencontre Tony, un pêcheur qui ferait certainement un mari sérieux…

"Angèle et Tony" n'est pas un film d'amour ordinaire. Il s'agit avant tout de l'histoire d'une jeune mère cherchant des issues à son existence. En liberté conditionnelle, peu d'options s'offrent à elle. Face à des beaux parents qui l'ignorent et qui sont bien décidés à obtenir la garde définitive de son enfant, elle sait bien qu'elle doit se réinsérer dans la société afin de monter patte blanche. Cela passe aussi par un travail en usine pour une paie qui ne suffirait jamais à couvrir les besoins de son fils, qui ne lui adresse même plus la parole.

Ça tombe bien. Tony, un pêcheur bourru au physique robuste, cherche une femme qui le chérirait pour ce qu'il est. Delaporte nous invite, à l'instar de Tony, à voir l'attachement et toute la volonté affichée d'Angèle à plaire à Tony comme un stratagème destiné à récupérer la garde de son fils. L'unique raison pour laquelle elle semble encore se démener. La réalisatrice nous livre alors une romance qui prend son temps, mais qui trouve son rythme grâce aux très bonnes interprétations de l'ensemble du casting.

Les deux acteurs principaux sont impeccables de justesse. Grégory Gastebois est touchant dans son personnage aux allures solides et méfiant. Quant à Clotilde Hesme, l'actrice livre un magnifique jeu, tout en retenu, simplicité et subtilité. Les non-dits et les jeux de regards entre les deux protagonistes valent toutes les paroles et malgré quelques longueurs et séquences brisant parfois l'intensité du tout (comme les scènes à vélo), Alix Delaporte parvient à nous transporter par cette histoire d'amour hors des clichés.

Sans tomber dans un misérabilisme notoire, Delaporte retranscrit par ailleurs, avec brio, le contexte social de la Normandie, région meunière sinistrée depuis la crise économique de 2008. La réalisatrice évoque la colère des pêcheurs sans pour autant laisser cet aspect prendre le pas sur l'histoire d'Angèle. On reconnaitra ainsi quelques séquences rappelant les JT d'il y a à peine plus d'un an.

En résumé, en plus d'être une histoire d'amour naviguant hors des chenaux habituels, "Angèle et Tony" s'inscrit dans une mouvance que les films "Welcome" ou encore "Ressources Humaines" ont instiguée : celle de raconter des histoires dans un fort contexte social et économique.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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