avec ou sans moustache

ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE

Un film de Jonathan Levine

La fin de l'innocence

Ange blond texan, Mandy Lane fait tourner la tête de tous les garçons du lycée. Lorsqu’elle est invitée dans le ranch d’un camarade de classe, elle ne se doute pas qu’un indésirable les a suivi…

Sortie en DVD et Blu-ray le 3 août 2010

"All the Boys Love Mandy Lane" est le premier film de son réalisateur Jonathan Levine et de son scénariste Jacob Forman. Catalogué comme film d’horreur du fait de son pitch, il s’éloigne dès ses premières minutes du schéma ultra balisé du slasher basique par un traitement des plus originaux. Ici point de tueur masqué poursuivant des bimbos pour les massacrer à la perceuse, mais plutôt une approche sensitive et émotionnelle, à cent lieues des clichés du genre.

La première scène, tétanisante, dévoile avec minutie et intelligence la note d’intention de Levine et Forman : s’il a la construction narrative d’un film d’horreur lambda, "All the Boys Love Mandy Lane" se pose avant tout comme une tentative d’illustration de l’éternelle thématique du passage – douloureux – à l’âge adulte. Un thème prisé par le cinéma indépendant américain (Larry Clark ou Gus Van Sant en sont les chantres), et qui trouve ici une résonance bien particulière.

En s’attardant à décrire le comportement de ces adolescents finalement stéréotypés (les garçons travaillés par leurs hormones, la jolie blonde faussement salope, ou encore le gardien de ranch au comportement ambigu), Levine touche à un point essentiel de cette dramaturgie : l’innocence et l’inconscience d’une jeunesse en perte de repère et soumise à toutes les tentations. En s’attardant sur des détails en apparence anodins (une hésitation, une caresse, un regard), le cinéaste parvient à s’immiscer dans le vécu immédiat de ces jeunes adultes en quête d’amour et de sensations, par un lyrisme inédit dans ce genre de film (on peut penser, toutes proportions gardées, au cinéma de Terrence Malick et particulièrement à "La Ballade sauvage"). Un spleen émouvant et empathique (la langueur apparente de la caméra et la justesse des gros plans y sont pour quelque chose), qui ne fait qu’accentuer la cruauté des évènements dépeints.

Car là où Jonathan Levine fait preuve d’un certain génie, c’est qu’il n’oublie jamais qu’il évolue dans le cadre balisé du slasher movie, avec tout ce que cela inclus de mensonges, de révélations douloureuses et de meurtres. En formaliste talentueux, le jeune cinéaste parvient à mêler intrinsèquement les exigences du genre aux errances naturalistes de ses jeunes (anti-)héros. Car l’adolescence est aussi une période de souffrance et de mal-être, et Levine le montre bien en s’attardant sur les réactions de ses protagonistes plutôt que sur les meurtres eux-mêmes. Souvent elliptiques, voir filmés en hors-champs (ce qui est plutôt agréable en ces temps de globalisation hardgore), ceux-ci servent alors à renverser les barrières sociales et morales qui régissent les relations entre les personnages. Très vite, les masques tombent, et les amis d’hier deviennent les ennemis de demain.

En faisant de son tueur une silhouette plutôt qu’un véritable personnage, Levine retrouve quelque part le Carpenter du premier "Halloween", et l’utilise tel un catalyseur des pulsions inavouables qui hantent la jeunesse dorée de l’Amérique triomphante. Victime de leur comportement, les personnages étouffent au sein même du cadre, pris au piège d’une toile qu’ils ont eux-mêmes tissée : lâches, veules et parfois franchement antipathiques, ils finissent par quitter leur enveloppe humaine pour devenir ces cadavres en sursis qu’une caméra complice éclipse bien vite de l’image, trop occupée à envelopper de sa chaude intimité la douce et belle Mandy Lane.

Car il s’agit finalement bien d’elle, objet de tous les désirs, symbole d’un rêve doré inaccessible, qui reste au centre de l’histoire. Ange fantasmatique à la blondeur incandescente, bonne copine à l’oreille attentive, victime en puissance d’un tueur particulièrement revanchard, Mandy Lane (magnifique Amber Head, toute en retenue et en élégance non feinte) traverse l’écran avec une nonchalance dévastatrice, sublimée par un emploi du format scope des plus judicieux, comme une réminiscence positive et inattendue de la Marilyn Burns du premier "Massacre à la tronçonneuse" (les champs de blés du Texas, magnifiés par l’emploi de couleurs chaudes, renvoient implicitement au chef-d’œuvre de Tobe Hooper).

Qu’importe, finalement, que le twist final ("All the Boys Love Mandy Lane" assume de bout en bout son statut de slasher), assez convenu en regard de ce qui a précédé, s’amuse alors à brouiller les pistes : rarement les émois et les interrogations de l’adolescence ont été traité avec une telle fraîcheur, un tel aplomb stupéfiant, une telle absence de pudeur dans la recherche de l’émotion pure et, tout simplement, si vraie. Si tous les garçons aiment Mandy Lane, il ne tient qu’à vous d’accepter le coup de foudre...

Frederic WullschlegerEnvoyer un message au rédacteur

COMMENTAIRES

Modiq

mercredi 23 octobre - 9h17

Il y a un autre sens caché derrière ce film, vous ne l'avez pas saisi 😂

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