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AGORA

Quand Dieu observe les hommes...

391 après Jésus Christ. L'empire romain régente encore la cité d'Alexandrie au travers de son préfet. Hypatie, femme païenne (qui a plusieurs dieux) officie dans la grande bibliothèque et croit aux sciences de l'astronomie. Mais sa position d'enseignante pourrait bien être menacée par la montée en puissance de la religion chrétienne, que va bientôt embrasser son esclave...

« Agora » est une œuvre bancale. Parce que le scénario, cherche absolument à placer au centre de l'intrigue un personnage principal, qui à l'image des cercles que la belle Rachel Weiz étudie, devient un soleil autour duquel gravitent un esclave amoureux et un futur-préfet conquérant. Parce qu'également l'histoire fait trop de place à l'astronomie, plombant par de longs discours, le regard global pourtant captivant porté par le réalisateur sur les attitudes de foules et l'obscurantisme religieux.

Car c'est dans les scènes de masse qu'Amenabar excelle. Il filme de haut cette cité vouée à la destruction, il donne à voir l'envahissement, le siège de la grande bibliothèque par des hordes de chrétiens destructeurs. Et surtout, magnifique idée, il offre à la sauvagerie quelques pauses, en prenant du recul à l'aide de plans satellites, éloignant le regard du spectateur, qui tel Dieu, observe de loin ses créatures, n'entendant plus que les cris lors de luttes fratricides entre religions. Cela rend d'autant plus effrayantes les scènes de destruction ou de révolte.

Malheureusement, il rate de nombreuses scènes lorsqu'il s'agit de filmer de près, et en fait beaucoup trop quant à la rébellion d'un esclave jaloux, qui à lui seul renverse une statue de marbre ! Seule la scène finale, déchirante, redonne un peu de relief à son histoire de trio amoureux, dans lequel la division des religions, les restrictions du rôle de la femme, viennent interférer. Si l'on ressort persuadé que questionner ses croyances est un devoir, on peut se dire aussi que questionner son regard de metteur en scène doit l'être aussi, de manière à mieux équilibrer de remarquables scènes de luttes (la terrifiante lapidation par les juifs, le discours du leader chrétien...) et les moments plus intimes.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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