Parce qu'on en a jamais assez !

AGNOSIA

Un film de Eugenio Mira

Rivalité entre deux hommes pour les beaux yeux... d'une malvoyante

Alors que son père entreprend la démonstration, pour des généraux nazis, des performances de sa nouvelle lentille, permettant d'atteindre avec un fusil une cible mouvante à plusieurs centaines de mètres, une petite fille, Joana, est victime d'un malaise. Sa tête ayant touché le sol violemment, elle est désormais incapable de percevoir le monde correctement et nécessite des dispositions spéciales pour mieux voir et entendre. L'âge adulte atteint, elle est épaulée par toute une ribambelles de servants, habitués à porter des macarons de couleurs pour être reconnus comme tels. Parmi ceux-ci, un jeune nouveau prénommé Vicent semble s'intéresser à elle plus que de raison...

Sortie en DVD et Blu-ray le 4 octobre 2011

« Agnosia » est en fait à la base une sombre histoire d'espionnage industriel, qui se transformera assez maladroitement sous nos yeux, en une histoire d'amour passionnel. L'ouverture, d'une esthétique impressionnante, fait d'abord froid dans le dos. On assiste, au bord d'un lac, au sein d'une nature apparemment sereine, à la démonstration de l'usage d'une lentille servant de composant dans un viseur de fusil. Le cadre est bucolique, mais les protagonistes inquiètent, de la marchande allemande, qui semble mener la danse, aux généraux nazis, en passant par cette petite fille, toute endimanchée, qui tient des ballons noirs, gonflés à l'hélium et qui serviront de cible. L'inquiétude grandit au fil de cette séquence, aussi captivante dans sa beauté glacée, que mystérieuse sur le fond.

Puis l'on bascule dans l'obscurité, avec l'enlèvement d'un homme, sorte de maître d'hôtel, engagé depuis quelques temps au service du père de la fille, devenue une jeune adulte fort séduisante. Alternant des scènes dans une cave, avec une voix dans l'ombre qui oblige le servant à parler de la fille et de son entourage, et récit de la vie quotidienne de la jeune femme, dont l'entrée est savamment retardée, cette première partie est affublée de transitions peu évidentes (les passages de torture ne sont pas crédibles, quasiment pas développés, la voix dans l'ombre est trop sombre pour sonner juste...). Mais les quelques moments d'intimité entre Vicent et Joana suffisent à nous faire croire en cette histoire d'amour naissante, dont le charme fera tenir toute la seconde partie du film.

Cette deuxième partie, justement, nous conte la vrai-fausse séquestration de la fille dans une chambre toute drapée de noir, histoire du lui faire dévoiler un secret industriel de son père. Vicent, maquillé, ayant une forme de visage similaire à celle de l'assistant du père, Carles (Eduardo Noriega), se fait passer pour ce dernier, trouvant un certain intérêt à se rapprocher de celle qu'il aime, mais qu'il ne pouvait atteindre du fait de sa condition. Alambiquées et sans grand suspense, ces quelques scènes plombent le déroulement d'un film, flirtant jusque là avec le fantastique.

Le final, sur de gigantesques escaliers, est quant à lui un monument de romantisme, exacerbant la rivalité entre les deux hommes, autour de la figure toujours aussi abstraite de la fille. Car en définitive, on pourra bel et bien reprocher à « Agnosia », s'il sait jouer sur le sensoriel (les voix, le toucher, les couleurs...), de se contenter d'un développement minimale des différents personnages. Ainsi, ses qualités esthétiques, ses idées de scénarios intéressantes, et ses acteurs clairement impliqués (Eduardo Noriega, rigide, et la révélation Félix Gómez, touchant), ne suffisent pas à faire réellement croire à cette rivalité amoureuse raisonnée.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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