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ADULTS IN THE ROOM

Un film de Costa Gavras

La valse des pantins

Après la victoire du parti SYRIZA en Grèce, Yánis Varoufákis est chargé de négocier une réduction de la dette de son pays afin d’éviter la mise en place d’une politique d’austérité. Face aux dirigeants de l’Union Européenne et au ministre des finances allemand, tous intraitables, c’est une bataille féroce qui s’engage…

Adults in the room film image

La crise économique mondiale de 2008 qui a frappé de plein fouet l’Europe s’est rapidement cristallisée autour de la question de la dette grecque. En très grave santé économique, le pays fut sommé par la Troika (groupe formé par le FMI, la Banque Centrale Européenne et la Commission Européenne) de s’appliquer un régime d’austérité drastique pour renflouer ses caisses et rentrer dans les critères de convergence du traité de Maastricht (encadrant le déficit, la dette, les taux de change, d’inflation et d’intérêt). Mais le peuple se révolta et le 26 janvier 2015 Aléxis Tsípras, leader du parti de gauche antilibéral SYRIZA, fut nommé à la tête du gouvernement grec. Son objectif était simple : tordre le bras aux financiers au nom de la souveraineté populaire, en remettant en cause les traités et en négociant une reddition de la dette. Pour cela il envoie son meilleur soldat dans l’arène européenne, le nouveau ministre de l’économie Yánis Varoufákis.

En Europe la politique ne se joue plus seulement dans les palais dorés resplendissants des rois et des présidents. Elle prend aujourd’hui place dans des grands bâtiments gris, vitrés, autour d’immenses tables qui regroupent les représentants de la technocratie européenne qui nous gouverne, ce que Costa-Gavras (cinéaste d’origine grecque) a bien compris. En nous montrant ces réunions de crise, ces « sommets de la dernière chance » avec leurs pourparlers juridico-économiques, il nous place au cœur du réacteur. Il dévoile les vrais enjeux qui se déroulent dans les coulisses des institutions supranationales. Raconter l’histoire de Varoufákis c’est montrer l’arrière boutique, ce qui se passe une fois que les promesses électorales ont permis d’élire les dirigeants au niveau national. C’est donner à voir les marchandages auxquels ils doivent se prêter à Bruxelles et à Berlin pour faire appliquer un programme qui s’accorde rarement avec les exigences des traités européens qu’ils doivent respecter. L’histoire de Varoufákis est passionnante puisque c’est celle d’un homme, seul contre tous, qui tente de s’opposer à un système auquel il ne peut pas échapper. C’est le combat naïf d’un homme politique qui cherche à défendre des choix nationaux au nom d’un mandat populaire, contre des techniciens qui administrent au nom des traités. C’est donc un dialogue de sourd auquel on assiste dans une succession de réunions bilatérales et multilatérales, et qui s’achèvent toujours par des conférences ou des communiqués de presse qui n’ont pour but que de sauver les apparences.

Costa-Gavras mène ce sujet complexe d’une main de maître. Faisant défiler les personnalités politiques et les hauts lieux de pouvoir, il nous offre une plongée fascinante dans cet univers. Les dialogues parviennent à rendre compte de la technicité des sujets, de leurs enjeux fondamentaux, sans perdre le spectateur. Christos Loulis est parfait dans le rôle du ministre bagarreur, tout comme Ulrich Tukur en ministre des finances allemand. La fin du film est cependant assez décevante car il s’arrête un peu trop tôt. Il se conclue par une métaphore qui laisse deviner la suite des évènements, mais l’on aurait préféré qu’il les développe un minimum. Un recentrage final sur le premier ministre Tsípras, montrant la manière dont il a finalement cédé face aux pressions énormes que faisait peser sur lui l’hypothèse d’une banqueroute financière aux répercussions effrayantes, aurait été nécessaire.

David ChappatEnvoyer un message au rédacteur

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