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ADIEU

Un film de
Avec

Un « A(-)dieu » déchirant

Etrange cinéma français… Cinéma de l'épure, de la lenteur, du détail. Tout est calculé, rien n'est laissé au hasard, et pourtant le hasard semble s'être emparé de la vie de ces quelques hommes. Un bout de leur vie seulement nous est présenté, mais nous l'avons tous vécu, ou nous le vivrons un jour. Le film s'adresse au plus profond de notre être et pose des questions douloureuses, rarement abordées de façon aussi subtile dans le cinéma contemporain : peut-on vivre sans ses proches ? Qu'est-ce que la famille ?

Difficiles questions auxquelles Des Pallières tente d'apporter une réponse. Il lui faudrait des heures, des jours, des années entières. Condensation en deux heures et quatre minutes. Il a le temps d'en montrer, des choses, en deux heures et quatre minutes… Le réalisateur s'attarde sur des choses simples, mais belles. On écoute le bruit des oiseaux.

Rien n'unit nos personnages. Ils sont seuls, sans passé, sans histoire connue. Ils ne se rencontrent pas et ne se rencontreront sûrement jamais. Ils sont comme vous, comme moi, en attente d'un « quelque chose qui changerait la vie… ou pas », comme dit l'homme d'église. Ils se parlent tout haut, en voix-off ; il s'adressent … à eux ? à nous ? à Dieu ? Ils se confient d'une voix grave et chaude, parlent de leur vie, qui s'est arrêtée, qui va reprendre. La subtilité des points, toujours surprenants, les angles de prises de vues (la scène avec Laurent Lucas dans la baignoire est délicieuse), souvent inattendus, la caméra instable qui ne tient qu'à un fil, vont crescendo vers une tension latente, grandissante, étouffante. Et enivrante.

Le rythme est lent, le montage saccadé, le point se fait attendre sans jamais arriver. Etrange cinéma qui surprend, mais qui nous prend, nous fait décoller comme un avion qui nous ramènerait vers notre terre natale, vers nos origines, vers nous. Nous ne savons pas d'où vient Arnaud Des Pallières, ni où vont ses personnages (on s'en ficherait presque) mais nous sommes prêts à les suivre jusqu'où bout, parce que c'est ça, la vie. Le présent, le maintenant, parce que ces gens sont là, devant nous, le cœur ouvert, et la fiction rejoint soudain la réalité pour créer un monde à part, pendant deux heures et quatre minutes. Ne rien expliquer, ne rien retranscrire. Juste laisser la beauté des formes et des couleurs nous envahir. Avant même d'être une lettre, un au revoir ou quoi que ce soit d'autre, « Adieu » résonne comme un hymne au cinéma, à la beauté, à la vie.

Anthony REVOIREnvoyer un message au rédacteur

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