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A.C.A.B. (All Cops are bastards)

Un film de Stefano Sollima

À hauteur d'hommes

ACAB, ou “All Cops are Bastards”, était un slogan initialement utilisé en Angleterre dans les années 1970 par les skinheads. Cobra, Nero et Mazinga sont 3 « flics bâtards » qui, à force d’affronter le mépris quotidien, ont pris l’habitude d’être les cibles de cette violence, reflet d’une société chaotique dictée par la haine. Leur unique but est de rétablir l’ordre et de faire appliquer les lois, même s’il faut utiliser la force...

Si l’on excepte les réalisations de Michele Placido ou quelques tentatives isolées (l’incroyable "Arrivederci amore, ciao" de Michele Soavi), le polar italien n’a plus la vigueur qui fut la sienne lors des terrifiantes Années de plombs. Du coup, se prendre en pleine gencives un uppercut filmique de la puissance de cet "A.C.A.B. " a de quoi réjouir les nostalgiques d’un cinéma de genre violent, décomplexé et profondément enraciné dans la réalité sociale de son pays. Car à l’instar des films les plus emblématiques du genre, le premier long-métrage de Stefano Sollima n’utilise le polar que pour évoquer un contexte en pleine ébullition.

On peut penser au cinéma de Nicolas Boukhrief, particulièrement au "Convoyeur" ou aux "Gardiens de l’ordre", dans la description méticuleuse que fait Sollima d’un corps de métier souvent ignoré, voire méprisé. Violent, le film l’est assurément, mais jamais en tombant dans une putasserie inapproprié. Car en décrivant le quotidien de quatre CRS aux comportements différents, mais complémentaires, le jeune cinéaste dresse le portrait d’une Italie au bord du gouffre, qui n’a jamais été aussi proche de ses années les plus noires.

Montée des extrémismes idéologiques, peur de l’étranger, climat de violence sociale étouffant, incompréhension de la population face aux agissements de ses « servants » du pouvoir… Tout "A.C.A.B. " laisse à voir une nation prête à l’implosion, sentiment idéalement illustrés par le destin de ces quatre anti-héros, que ne sauve qu’une appartenance salutaire à une fratrie : l’un perd la garde de sa fille, l’autre voit son fils se tourner vers le néo-nazisme, un troisième noie sa solitude dans la violence… Sèches, brutales, sans fioritures stylistiques malvenues, les scènes d’émeutes ou d’expéditions punitives restent toujours à hauteur de ces « bâtards » au service d’un gouvernement qui n’a que faire de leurs revendications, se bornant à les envoyer au casse-pipe plutôt que de trouver des solutions.

Artisan efficace de l’âge d’or du polar italien, réalisateur de films aussi engagés que le western "Colorado" ou le thriller "La Poursuite implacable", Sergio Sollima dressait il y a quarante ans le constat terrible de cette Italie en perdition. Mais si, malheureusement, la situation semble n’avoir pas changé, il peut se réjouir : la relève cinématographique est assurée. Et que son fils en soi ici-même le porte-parole n’est pas la moindre des réjouissances.

Frederic WullschlegerEnvoyer un message au rédacteur

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