Parce qu'on en a jamais assez !

300 HOMMES

Un monde à part

Chaque jour le foyer marseillais Saint Jean de Dieu accueille 300 SDF qui y trouvent le gîte et le couvert. Mais les règles sont strictes, et au delà de la misère, les personnalités tentent d'exister...

Le réalisateur de "Bovines", repéré en 2011 à Cannes du Côté de la section ACID, co-réalise un nouveau documentaire centré sur le quotidien d'un centre d'hébergement d'urgence pour sans abris, du nettoyage matinal à la surveillance de nuit, en passant par l'étape souvent difficile de l'accueil. Au delà de la simple observation des lieux, c'est aux difficultés des pensionnaires comme à celles du personnel, qu'il s'attache, essayant de capter les moments où l'humanité pointe son nez, entre les règles de vie en communauté et les comportements décalés ou rebelles.

Parmi ces hommes qui doivent cohabiter, on trouve tous types de profils, du jeune homme avec deux mains en moins, au dandy déchu mais toujours dragueur et cultivé, du croyant musulman que l'interdiction d'alcool et cigarettes arrange bien, à l'alcoolique assumant ses pulsions, en passant par celui qui voudrait se suicider et celui qui ne veut pas d'ennuis... Dans ce microcosme, chacun tente de composer avec les règles en vigueur (le vidage des chambres pour nettoyage qui donne lieu à des amoncellements d'affaires en tous genres et à la colère du gérant, l'heure limite d'accueil source de nombreuses frictions...).

Aline Dalbis et Emmanuel Gras montrent aussi bien la tentation naturelle de contourner ou s'arranger avec les règles, que les tentatives de responsabilisation (paiement symbolique de l'entrée, consultation pour l'alcoolique, exclusion temporaire ou définitive pour cause de problème antérieur...). Il suggère aussi la fatigue des bénévoles ou employés du refuge, forcément amenés à entretenir une certaines distances avec ceux qui pourtant réclament de la proximité. Il concocte au final un documentaire touchant, où l'humain, derrière la triste routine, est toujours bel et bien présent, des deux côtés de la barrière.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire