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3 CŒURS

Un drame haletant parfaitement orchestré

En déplacement professionnel à Valence, Marc manque de peu le dernier train et se retrouve à errer dans la ville pour reprendre son souffle. À la recherche d’un hôtel, il rencontre Sylvie avec qui il discute et déambule la nuit durant. Au petit matin, ils se promettent de se retrouver le vendredi d’après au Jardin des Tuileries à 18 heures…

Des propres mots de Benoît Jacquot, les sentiments amoureux produisent les mêmes symptômes que l’angoisse. Par peur de ne pas être à la hauteur, d’essuyer un refus ou, à l’inverse, de louper le coche, on transpire, l’adrénaline augmente et le cœur palpite à tout rompre. C’est ce ressenti à la fois physique et cérébrale qu’évoque la troublante histoire de Marc et Sylvie. À dix minutes près, leur vie aurait pu basculer dans une réelle passion et faire d’eux des êtres heureux. Or la fatalité en a voulu autrement, les renvoyant chacun à leur mal-être pour les confronter par la suite à une épreuve encore plus douloureuse, puisque Marc va séduire sans le savoir, la sœur de Sylvie avec qui il va fonder une famille.

Incisive et chirurgicale, la mise en scène de Benoît Jacquot ne se disperse pas dans des scènes d’approche. Comme ses personnages, il va droit au but pour mettre à nu l’essence même de son histoire : la passion et la douleur des sentiments. Habilement, il élude tout moment parasite avec un regard, une phrase, qui à eux seuls expriment tout ce qui est trop long à expliquer. Pour exemple, la remarque froide et sans appel du frère de Marc à son mariage, dévoile en quelques mots son extrême solitude passée. Quant aux ellipses temporelles, indispensables pour l’évolution du récit, elles sont racontées, brèves et concises, par l’intervention d’un narrateur en voix-off.

Pour renforcer le désespoir et la tension physique de chaque personnage, le film est ponctué d’une troublante et magnifique musique de Bruno Coulais. Son tempo sombre et profond appuie chaque moment oppressant. Pour amplifier cette sensation de malaise, le réalisateur filme au plus près ses comédiens qui excellent de vérité. Benoît Poelvoorde semble incarné par son personnage jusqu’au plus profond de ses entrailles, Charlotte Gainsbourg déstabilise par sa froideur désenchantée et Chiara Mastroianni est bouleversante de fragilité dans un rôle sans cesse noué par l’émotion. Instinctive, la caméra de Benoît Jacquot offre ainsi une approche quasi viscérale en se concentrant uniquement sur leurs émotions. Une œuvre suffocante et cruelle qui oppose une dévorante passion avortée, à l’amour fusionnel de deux sœurs que rien ne peut séparer. Déchirant !

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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