Banniere-Berlinale-2019

12 JOURS

Un film de Raymond Depardon

Raymond Depardon signe en maître une nouvelle œuvre déchirante

Douze jours est la durée avant laquelle la justice doit se prononcer pour maintenir ou non l’hospitalisation d’un malade sans son consentement. Raymond Depardon nous donne à voir dix de ces entretiens entre juges et patients…

Après avoir sillonné les routes de France dans ces derniers documentaires, Raymond Depardon a cette fois décidé de se poser. Le métrage s’ouvre ainsi sur un couloir vide, froid, sans repère. Pour autant, une nostalgie immédiate s’empare de l’image, la musique d’Alexandre Desplat sublimant cet instant. À plusieurs reprises, le réalisateur nous invitera dans ces coursives, comme une respiration nécessaire dans ce film étouffant où chaque entretien prend aux tripes. Car si la construction est basique (une succession de rendez-vous en plans fixes), le résultat n’en est pas pour autant moins troublant et poignant. Face à la caméra, des malades et des juges défilent. Les premiers sont internés sans leur consentement dans une institution psychiatrique. Les seconds doivent décider dans les douze premiers jours de l’enfermement si celui-ci doit se prolonger au-delà de ce délai.

Sans artifice, le cinéaste fait le constat amer d’une réalité brutale où les hommes de loi sont souvent perdus (les avocats), parfois désemparés et bouleversés (les juges), tandis que les patients ont rarement conscience de leurs conditions. De la détresse de certains au déni des autres, en passant par l’épuisement de tous, Depardon porte un regard bienveillant sur ces êtres qui défilent devant son objectif sans jamais y revenir. C’est d’ailleurs là l’une des seules frustrations du spectateur face à ce nouveau coup de maître du cinéaste : ne pas avoir de suivi dans le temps, ne pas connaître le sort réservé à ces personnes dont les parcours ne peuvent laisser indifférent. Mais c’est probablement ce qui fait également la force de ce geste cinématographique aussi pur qu’intense, une plongée sans concession au sein d’un hôpital psychiatrique, un instantané d’un monde dont les portes sont souvent fermées. Depardon au sommet de son art.

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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