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berlin 2015 - Retour sur les 29e teddy awards

Chaque année la compétition des Teddy awards, qui réunissent une trentaine de films de fiction et documentaires, donne le la en terme de production cinématographique à thématique LGBT. Ceci avant que festival, national ou local s'en empare, qu'il s'agisse de Chéris Chéries à Paris, d'Écrans mixtes à Lyon, de Face à Face à Saint Étienne ou de festivals d'autres régions ou pays. Alors que faut-il retenir de cette 29e édition ?

Les deux films les plus marquants de cette édition auront été deux œuvres au traitement très particulier. "Mariposa", nouveau film du réalisateur culte Marco Berger ("Plan B", "Absent"), même s'il ne dispose que d'un personnage secondaire homosexuel, a le mérite d'une construction complexe et brillante. Alternant entre deux histoires alternatives, selon le choix de l'abandon ou non d'une petite fille dans les premières minutes du film, le film croise les destins et les possibilités, le metteur en scène argentin dessinant un subtile bal des désirs.

Histoire d'ouverture à la vie, prônant le fait d'oser se lancer, "Sangailé" est l'autre grande découverte de cette année. Ce film lituanien usant de paraboles pertinentes (le fait de "voler" de ses propres ailes), d'une lumière et de cadres magnifiques, marie érotisme léger et contemplation. Une belle ode au courage de vivre et à la nécessité de faire un jour, le grand saut.

Ne caressant pas forcément le public dans le sens du poil, deux autres films auront marqué le festival. Dans la section Panorama, le très attendu "I am Michael" aura divisé, malgré la présence de ses deux acteurs vedettes, James Franco et Zachary Quinto. Portrait d'un activiste homosexuel, investi dans l'éducation et l'accueil des jeunes gays rejetés par leur famille, le film retrace son évolution vers une forme d'intégrisme religieux et... d'hétérosexualité. Troublant dans les souffrances auto-infligées ou celles affectant un entourage dans l'incompréhension, le film aborde la peur du divin, le désir d'être comme les autres, sans pour autant adopter un réel point de vue.

Traitant plus de la thématique du genre, le film italien "Sworn Virgin", âpre et violent, retrace le destin d'une femme albanaise dont la sœur à émigré en Italie. Une sombre histoire en deux temporalité entremêlées, contant la pression sociale la forçant à devenir le garçon du foyer, et sa confrontation au monde extérieur et aux autres. Dans des teintes appropriées à la morosité d'un personnage loin de lui-même, le film offre à la formidable Alba Rohrwacher ("Hungry Hearts") son plus beau rôle à ce jour.

Parmi les films attendus de cette édition figuraient "Beira-Mar" ("Seashore"), film brésilien sur l'éveil adolescent, confrontant deux amis aux limites de leur amitié. Nostalgique, le film s'inscrit dans la description de l'ennui, aidé par un contexte de station balnéaire hors saison. Sans grande originalité, il offre cependant le portrait d'une jeunesse en quête de sens, ainsi qu'une fin ouverte plutôt plaisante. Gros événement, le film lesbien "Dyke Hard" ressemble au final à un gros nanar tourné à la va-vite entre copines et monté avec des moufles. L'amateurisme technique vient malheureusement gâcher ce qui pourrait constituer une excellent séance de minuit dans un festival LGBT, soit l'histoire barrée de lutte entre un groupe de rock et son ancienne chanteuse pour remporter un concours. Débile mais avec forcément quelques futures scènes cultes (dont le décapsulage d'une bouteille de bière avec un vagin !).

Attendu au tournant, "Eisentein In Guanajuato" marquait le retour de Peter Greenaway, avec le portrait de l'éveil à la sexualité d'un cinéaste russe, dans les bras d'un mexicain. Hystérique dans le rythme, dialogué à outrance, le film ne convainc pas totalement, malgré son impressionnant interprète principal (Elmer Bäck) et une scène improbable expliquant avec ironie et joie les parallèles entre sodomie et révolution Soviétique. Incandescent film d'ouverture de la section Panorama, "Sangue Azul" portait également l'érotisme en étendard, en suivant le destin d'un homme canon (dans les deux sens du terme pourrait-on dire) revenant sur son île natale et obligé de se confronter à une histoire d'amour passée. Un film à la magique et nostalgique.

Plus anecdotiques enfin, notons la présence de quelques films asiatiques qui n'ont pas vraiment convaincu, avec "Thanatos drunk", insupportable récit alcoolisé, "How to win at checkers", portrait d'adolescent poussif et "Big father, small father and other stories", histoire de 3 frères dont l'un est homosexuel, tentant de cacher à son père ses penchants.

Au final c'est le film américain "Nasty Baby" qui l'a emporté côté fiction, n'ayant pourtant pas entraîné l'adhésion de spectateurs plutôt divisés à la sortie de la projection, certains trouvant le dénouement plus qu'improbable. Côté documentaires c'est le parcours d'un transsexuel qui a séduit le jury, avec "El hombre nuevo". L'an prochain les Teddys fêteront leur 30e anniversaire, et nous serons forcément, au rendez-vous.

Palmarès complet des 29e Teddy Awards:

Meilleur film :
NASTY BABY
de Sebastián Silva

Meilleur documentaire/essai :
EL HOMBRE NUEVO
de Aldo Garay

Meilleur court métrage :
SAN CRISTOBAL
de Omar Zúñiga Hidalgo

Teddy du jury :
STORIES OF OUR LIVES
de Jim Chuchu

Teddy d'honneur :
Udo Kier

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Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur