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Annecy 2018

Annecy 2018 - Bilan VR

La section VR (réalité virtuelle) du Festival du film d’animation d’Annecy, créée il y a deux ans, permet aux festivaliers de s’immerger chaque jour dans deux films, porteurs d’un récit, ou proche du jeu interactif. Voici un petit aperçu des nouveaux projets présentés en 2018, dont on retrouvera probablement certains sur l’île de la VR au Festival de Venise en septembre prochain.

"Extravagenza"
de Ethan Shaftel
Note +2

Sur la base d’une très bonne idée, consistant à montrer ce qu’un grand studio tel que Disney aurait pu faire en réalité virtuelle durant les années 60, avec des tableaux teintés de racisme et de colonialisme, Ethan Shaftel nous situe à l’intérieur d’une boîte à musique, nous faisons prendre la place d’une des marionnettes en 3D. Le graphisme met en scène à la fois des figurines en 2D, d’autres en 3D aux textures façon coton, au milieu de décors en volumes imitant le plastique, le tout dans la représentation de danses tribales, de femmes enrobées et de chasseurs, de forêts… Avec de plus des hommes en live, qui défilent pour regarder à l’intérieur, comme devant un vieil appareil à diapos, l’immersion s’avère assez efficace.

"Crow : the legend (partie 1)"
de Eric Darnell
Note +2

Ce court métrage nous immerge initialement en pleine forêt, entourés d’animaux qui parlent (écureuil, tortue, chouette…). Le film devient vraiment intéressant lorsque l’hiver arrive et que l’oiseau coloré, au centre de l’intrigue, part rencontrer « le créateur de tout », s’extirpant ainsi de la forêt. L’interaction est globalement plutôt intéressante, nous plaçant en tant qu’esprit de la forêt, avec des mains sous formes de branches. Il y a alors possibilité de lancer des jets de lumière, des bourrasques de neige… ou de saisir le feu, qui nous est remis par un petit oiseau en cage… Intéressant.

"Gymnasia" (preview)
de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski
Note +2

Voici un film en VR qui nous place sur une chaise pivotante, au centre d’une scène ou d’un terrain de basket dans une sorte de gymnase en ruine. Une expérience un peu « creepy », qui voit quelques personnages inquiétants nous approcher, d’un professeur sur un chariot, jusqu’à un autre gamin assis, qui se lève et pousse la chansonnette...

"Isle of dogs : behind the scenes"
de Wes Anderson
Note +3

Making of du film d’animation de Wes Anderson, ce film est un délice pour cinéphiles, plaçant le spectateur à la limite d’un décors en cours d’animation (en stop-motion). Devant nous défilent, dans différents décors du film, les différents personnages, s’exprimant sur leur rôle, à la manière d’interviews. Le temps de ces marionnettes n’étant pas le même que celui des humains, ces seconds paraissent animés en accéléré, lorsqu’on se retourne pour voir l’agitation du studio. Ludique et instructif pour qui s’intéresse aux techniques d’animation.

"Piggy"
de Jan Pinkava et Mark Oftedal
Note +2

Sans doute le film le plus drôle de cette année, celui-ci met en scène sur fond blanc, un cochon rondouillard qui fait du jogging jusqu’à ce que vienne le tenter un gâteau sous cloche. Histoire linéaire, représentant avec malice les méfaits de la gourmandise, un jeu s’instaure entre le regard du spectateur et celui du cochon, qui cherche à échapper à celui qui l’observe (tout comme à ses propres pulsions).

"The wolves in the wall (partie 1)"
de Peter Billington
Note +2

Destiné à être à terme un film de 40 minutes en trois partie, ce film nous fait jouer un véritable rôle. Commençant par nous rapetisser à la même taille que la petite fille qui s’adresse à nous, il donne ensuite libre cours aux inquiétudes de celle-ci, qui raconte les bruits dans les murs, nous montre des lieux, en dessinant à la craie. Puis vient une intéressante mise en perspective, lorsque nous devons saisir un appareil photo et regarder par l’objectif… à la manière d’un film dans le film. Un peu flippant, mais réellement interactif.

"The museum of simetry"
de Paloma Dawkins
Note +4

Certainement le projet le plus ambitieux et esthétiquement réussi de cette sélection 2018, ce film canadien, réalisé par des femmes, nous invite à entrer dans quatre tapisseries représentant quatre mondes totalement différents. Dans le premier, nous sommes munis d’une lanterne et explorons un monde nocturne dans lequel on peut voir divers champignons, et allumer des sortes de triangles flottants. Dans le second, incroyable et vertigineux, nous sommes dans la nacelle d’un ballon dirigeable. L’animation nous permet de regarder vers le bas ou vers le haut (nuages…), tout en tentant, avec une raquette, de crever des bulles situées alentour… Dans le troisième nous sommes cette fois-ci dans l’espace et pouvons regarder à l’intérieur des planètes (dans la première il s’agira d’arroser des plantes et de danser avec un mystérieux hôte / dans la seconde c’est notre équilibre qui sera mis à l’épreuve). Enfin, dans le quatrième, nous naviguons sur d’immenses raies mantas, avec la possibilité de se téléporter de l’une à l’autre grâce aux manettes, pour un voyage étrange entre des figures géométriques. Passionnant.

"Back to the moon"
de Hélène Roux et François Xavier Goby
Note +2

Film hommage à Méliès, ce court métrage linéaire met en scène un petit personnage à la tête ronde, et convoque quelques éléments poétiques (traversée d’une carte à jouer dont il ressort habillé, offrande d’un cœur à la dame de cœur…), nous plongeant dans une danse effrénée avant de nous immerger sous l’eau. Plutôt joli.

"Age of sail"
de John Karhs
Note +1

D’un graphisme très élégant, ce film nous positionne en tant que passager d’un bateau, piloté par un vieux marin, qui, croisant un gros navire, récupère une femme à son bord. Effet de tangage, mouvement dû au vent, la démonstration présentée ici s’annonce comme l’introduction d’un film plus substantiel… A suivre donc.

"Battelscar"
de Martin Allais et Nicolas Casavecchia
Note +3

Coproduction franco-américaine très réussie, le film se veut une initiation au mouvement punk, portée par la voix de Rosario Dawson. Il met en scène une jeune latino en prison, faisant connaissance avec une punkette, qui l’accueille chez elle. Un film très immersif, qui nous positionne en observateur comme sur un plateau de théâtre, nous entraîne à l’intérieur de photos de journaux ou livres en 3D, et fait également défiler des éléments écrits au dessus de notre tête. A suivre également.

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur