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SHOOTER

Un film de Antoine Fuqua

Un coup dans l’eau

Trahi par ses supérieurs pendant une mission en Éthiopie, le tireur d’élite Bob Lee Swagger a choisi de se couper du monde et s’est retiré dans un chalet au sommet d’une montagne. Quand le sergent Isaac Johnson vient le sortir de sa retraite pour lui demander de les aider à sauver la vie du président, Swagger, d’abord réticent, accepte au nom de son patriotisme forcené…

Une histoire de soldat abandonné – une de plus. Un tireur d’élite délaissé en pleine terre étrangère, trahi par sa hiérarchie pour étouffer une mission honteuse et qui a juré qu’on ne l’y reprendrait plus. Pourtant il y retourne et retombe inexorablement dans les filets du complot et de la trahison ; qu’importe, puisque c’est au nom du sacro-saint patriotisme. Voilà un type de héros qui a fait florès au cinéma, avec en tête de liste l’impérieux Rambo, capable de charcuter du bon américain après avoir consciencieusement annihilé l’ennemi. Mais le film de Fuqua, adapté par Jonathan Lemkin du roman « Point of Impact » de Stephen Hunt, préfère se réclamer de grands classiques du cinéma politique aussi prestigieux que « Les hommes du président » et « A cause d’un assassinat »… Placer la barre aussi haut ne pouvait rien augurer de bon.

Là où le film d’action américain classique privilégie clairement les gros bras à une idéologie fumeuse, « Shooter » se débat dans la contradiction d’un actioner (gros film d’action bourrin) qui voudrait devenir une politique fiction. Étrange hydre à deux têtes où alternent les gesticulations barbares de Swagger et les scènes de punch lines absurdes entre quatre murs ; si les premières sont assez réussies pour contenter le néophyte, les secondes incitent à la franche rigolade. Tout est dit en une séquence, celle de l’assassinat qui est au cœur de l’intrigue : l’objectif visé n’est pas celui que l’on croit. Au final, ne gardons de cette friandise que son côté sucré, c’est-à-dire des scènes d’action plutôt bien ficelées, mâtinées de personnages bourrus à souhait et un dénouement idéalisé qui fera plaisir aux anarchistes du dimanche. On considérera gentiment le reste comme un coup manqué.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

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