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LA BÊTE

Un film de Bertrand Bonello

L'Ombre de la Bête : quand le cinéma se cache dans le néant

Dans un futur proche, les émotions humaines sont considérées comme problématiques. Pour y remédier, Gabrielle opte pour une solution radicale : modifier son corps pour en retirer tout sentiment. Pour cela, elle va devoir se plonger dans ses vies antérieures…

Hasard du calendrier, le 7ème Art a décidé de remettre sur le devant de la scène Henry James. Ce nom, qui devrait parler aux plus littéraires d’entre nous, est notamment connu pour la qualité de ses nouvelles ("Daisy Miller" par exemple) et pour être, entre autres, l’auteur des romans "Portrait de femme" et "Les Bostoniennes". Parmi toute sa bibliographie, une œuvre semble particulièrement attiser la curiosité en ce moment : "La Bête dans la Jungle". Après le film éponyme de Patric Chiha, avec Anaïs Demoustier, c’est Bertrand Bonello qui s’empare quelques mois plus tard de cette intrigue. Résumer ce drame de soft SF résulte presque de l’impossible tant celui-ci, à l’image du matériau originel, repose sur une ambiguïté quasi-comique, où chaque séquence ne fait qu’épaissir un brouillard bien difficile à pénétrer.

On comprend vaguement que l’enjeu tourne autour d’une révélation extraordinaire, qu’on attend, comme une « bête fauve tapie dans la jungle », mais la quête devient très rapidement plus intéressante que le dénouement en lui-même. Après une ouverture sur fond vert, et une plongée au cœur d’une époque apparemment plus ancienne si on s’en fie aux costumes des protagonistes, la caméra nous invite à un minimum de contexte : Gabrielle (géniale Léa Seydoux) suit un protocole afin de faire disparaître toutes ses émotions, considérées désormais comme une tare, un frein pour le développement de l’espèce humaine. Pour y parvenir, elle est amenée à parcourir ses vies antérieures, où elle y recroise le même homme, amour éternel par nature.

Croisement entre "Inland Empire" de David Lynch et "Holy Motors" de Leos Carax, le métrage est évidemment formellement sublime, chaque recoin de l’image ayant été travaillé, pensé pour créer un décorum singulier. Le problème, c’est que derrière cette forme, aussi clinquante soit-elle, se cache une vacuité abyssale, un scénario qui ne fait que se répéter, au point de l’assumer dans un montage bégayant, le tout sur 2h30. Dans cet écrin théorique, le film se perd dans ses propres réflexions, abandonnant ses personnages à des questionnements creux et proches du risible. La peur vs. l’amour. Une opposition qui règne depuis la nuit des temps. Si Bertrand Bonello a le mérite d’en proposer une expérimentation originale, accompagnée d’autres thématiques existentielles (Comment vivre sa vie ? Accepter les injonctions d’une société dans laquelle on ne veut pas se reconnaître ou assumer sa différence ? Se laisser guider par l’amour ?), le résultat demeure une interminable démonstration conceptuelle. Abstrait ne rime pas avec intriguant. En voici une nouvelle preuve.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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