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FISTON

Un film de Pascal Boudiaux

Un "Soda" sans bulles

Alex, un lycéen timide et renfermé, n’a qu’une seule obsession : séduire la jolie Sandra dont il est fou amoureux depuis l’âge de cinq ans. Mais il lui faut un plan pour pouvoir l’aborder et la séduire. Son seul espoir semble résider dans les conseils d’Antoine, un homme qui a réussi à draguer la mère de Sandra vingt ans plus tôt…

Il est parfois assez terrible de constater à quel point le jugement sur un film de cinéma peut être aussi expéditif dès lors que la tête d’affiche nous renvoie à une autre création basée sur le même thème. On n’y coupera pas dans le cas de "Fiston", puisque le spectre de la série "Soda" plane hélas de façon trop pesante sur cette comédie. Même chose que sur la petite lucarne, donc ? Mouais : toujours le parcours d’un adolescent un peu paumé, paresseux et toujours prompt à en faire des tonnes lorsqu’il se met à parler (en cela, Kev Adams photocopie à l’identique son personnage de la série télévisée), pas encore sur le point de passer à l’âge adulte, et dont l’objectif principal est de chercher comment faire craquer les filles. Vu que ça ne marche pas très bien à la télévision, le grand écran lui permet donc de passer à la phase 2 : il se retrouve soutenu par le dragueur renommé du coin (Franck Dubosc) qui va lui apprendre toutes les tactiques pour réussir à emballer la fille sublime (Nora Arzeneder) dont il est fou amoureux depuis l’âge de cinq ans et à laquelle il n’a jamais eu le courage d’adresser la parole. C’est sûr qu’à force de vomir à chaque petite tentative, l’affaire n’est pas gagnée…

Tout l’intérêt du film réside dans cette étrange passation de pouvoir : le jeune aspirant dragueur (Adams) qui se retrouve coaché par un humoriste surdoué (Dubosc), toujours prêt à se ridiculiser avec classe dans le rôle du pêcheur de nanas ou du quinquagénaire puceau. Sauf que depuis déjà pas mal de temps, on a constaté une perdition chez Dubosc dans le passage de la scène au grand écran, surtout en terme d’énergie et de tempo comique. Ici, on se satisfera de constater que son but n’est pas vraiment de faire rire : son personnage est présenté comme un raté assez sentimental, parfois touchant dans sa tristesse intérieure d’avoir été un coureur de jupons et d’être passé à côté de l’amour de sa vie. Du coup, on aurait pu penser qu’il lui était difficile de faire le poids face à une tornade survitaminée comme Kev Adams, mais même l’alchimie entre les deux comédiens, pourtant très perceptible, est ici mise au service d’un scénario très consensuel et prévisible de A à Z, forgé sur des ressorts comiques et sentimentaux tous plus éculés les uns que les autres. Du coup, entre un humour qui reste aux abonnés absents (faut dire que les gags proposés ont presque vingt ans de retard) et une émotion qui sent le préfabriqué toutes les deux mètres de pellicule, on se tourne les pouces en attendant que ce "Soda" sans bulles retrouve un peu de pétillant. La seule émotion que l’on ressentira est une tristesse hélas tout sauf feinte : celle de retrouver la regrettée Valérie Benguigui dans son ultime rôle au cinéma. La revoir en train de jouer les mères un peu déglinguées fait d’autant plus chaud au cœur que le film lui est dédié : rien que pour elle, "Fiston" mérite un coup d’œil.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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