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DISGRACE

Un film de Steve Jacobs

Déroutant et dérangeant

Un professeur de l’université de Cappetown abuse de sa position pour coucher avec l’une de ses élèves. Le scandale éclatant au grand jour, il présente sa démission et part retrouver sa fille qui a repris une ferme reculée, à l’intérieur des terres d’Afrique du Sud. Un jour, il se trouve être le témoin impuissant du viol de sa fille par un groupe d'intrus sud-africains...

Décidément, avec le dernier Eastwood, la célébration du vingtième anniversaire de Mandela et la coupe du monde qui s’annonce, l’Afrique du Sud est au centre de toutes les attentions en ce début d’année. C’est dans ce pays aux blessures profondes que se déroule « Disgrace », l’adaptation du roman de J.M. Coetzee, prix Nobel de littérature 2003.

« Disgrace » est à l’opposé d’un « Invictus » qui offrait une vitrine toute claire et manichéenne du pays de Mandela. On assiste ici à la soumission de règles tacites. Les Blancs possèdent les villes et les Noirs, la campagne. Jacobs évoque, loin du discours officiel, les stigmates de l’apartheid dans cette Afrique du Sud contemporaine. On aurait même envie de croire que les évènements se déroulent deux décennies auparavant tant ce qui est dépeint est peu glorieux pour la nation en arc-en-ciel.

Steve Jacobs signe ici un film très hermétique où aucun personnage n’attire la sympathie, ni même l’empathie. David Leurie, incarné par un John Malkovich parfait, est d’abord présenté comme un être profondément seul et effacé, pour ensuite provoquer le dégout lorsque l’on découvre avec quelle philosophie il aborde sa relation avec les femmes. Sa fille a beau subir un viol collectif, on n’éprouve quasiment aucune compassion tant elle reste glaciale tout du long du métrage. On peine même à comprendre son acharnement à rester là où les blancs sont tout juste tolérés. Les noirs ne sont pas mieux représentés. Entre Petrus, le voisin faussement bienveillant et les agresseurs, tous les personnages sont dépeints des pires manières, et Steve Jacobs laisse volontairement des zones d’ombres qui empêchent de cerner les réelles intentions des protagonistes.

Il est alors facile de se méprendre sur les intentions de l’auteur. Écarté de force de toutes les conventions habituelles de ce genre de films, on en vient à se demander si le propos n’est pas lui même raciste. « Disgrace » nous fait tanguer dans une interrogation qui provoque un certain malaise, mais sans jamais révéler sa véritable position.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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