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BACURAU

Un fort mérité Prix du Jury au Festival de Cannes 2019

Dans un futur proche, à Bacurau, un petit village du Nordeste brésilien. La région est ravagée par la sécheresse et le gouvernement à coupé l’eau aux habitants. Des habitants qui résistent encore et toujours à l’envahisseur…

Bacurau film image

Juliano Dornelles a été pendant de nombreuses années le chef décorateur de Kleber Mendoça Filho et "Bacurau" était un projet au long court qu’ils ont commencé à nourrir au moment même de la promotion du court métrage de Filho, "Recife Frio" en 2009. Les deux hommes avaient envie de dépeindre leur région, le Nordeste brésilien. Cette région très habitée par la littérature et la musique mais finalement assez peu par le cinéma, malgré ses grands espaces westerniens. Le film a ainsi un fort sous texte politique et social, mais qui est complètement digéré par la mise en scène. "Bacurau" apparaît alors comme un film de genre, un film de personnages et de lieux où, sous la chaleur écrasante, une violence folle se déchaîne pas à pas.

"Bacurau" est la dernière chance de rentrer chez soi, et c’est sur cela que le film s’ouvre, le retour au pays natal de Teresa (Barbara Colen), qui revient au village à bord du camion citerne et arrive au milieu de l’enterrement de la doyenne, sa grand mère. Mais si elle arrive au village pacifiquement, d’autres vont vouloir entrer avec force et imposer leur volonté sur les citoyens : une grossière erreur.

A partir de là, le film fonctionne sur une inexorable avancée que rien ne pourra arrêter. Bacurau est un village qui survit plutôt bien dans une région dévastée, il va donc forcément être l’objet de convoitises. C’est également un petit village, qui peut -être rayé de la carte, au sens propre du terme, par les autorités auxquelles il refuse d’obéir. Dès lors quelque chose de sanglant, va nécessairement se produire. Filho et Dornelles, jouent de cette idée. Ils filment avec quiétude la vie locale, construisent les personnages, leurs relations et le fonctionnement du village comme entité unie face à l’invasion extérieure incarnée par le politicien Tony Jr (Thardelly Lima).

Si le pitch ressemble étrangement à un épisode d’Astérix relocalisé dans le nord du Brésil, Filho et Dornelles, par la forme de leur récit et des éléments de narrations visuels, l’inscrivent dans un autre héritage cinématographique. En effet, pour filmer ces paysages, ils utilisent des objectifs américains des années 70 qui donnent à ces lieux pourtant très brésiliens et quasiment inédits au cinéma, une étrange touche de déjà-vu américain. Ils poursuivent cette idée avec l’utilisation unique de travellings et de plans sur rails, ce qui donne au film un aspect très posé, très maîtrisé et qui offre aux réalisateurs le luxe de la lenteur et de la contemplation, même au cœur de l’action : un héritage westernien.

Le troisième point et peut-être le plus signifiant, qui constitue la meilleure clé d’entrée ou piste d’analyse pour saisir l’intention des réalisateurs, est l’utilisation du morceau "Night" de John Carpenter. En se plaçant sous le patronage du Big John, les deux hommes font directement référence à l’utilisation sociale et politique du genre. Le personnage de Pacote, un tueur repenti et celui de Lunga, figure hybride et violente, superbement incarnée par Silvero Pereira, sont à la fois très brésiliens et des héritiers de Snake Plissken et John Nada.

A noter également, point féministe, trois personnages féminins, dont deux jeunes femmes en pleine possession de leur moyens et qui assument pleinement leurs désirs et la puissante performance de Sonia Braga en ouverture et face à Udo Kier. Ce film, paritaire au possible, donne autant de place dans l’action et l’avancé du récit à la gente féminine que masculine.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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BACURAU de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles from Club V.O. on Vimeo.

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